• LES JOURNÉES DE LA REFONDATION...DE L’ÉCOLE 1 sur 2

    LES JOURNÉES DE LA REFONDATION...DE L’ÉCOLE  1 sur 2

    Elles ont été annoncées pour mai prochain par madame Najat Vallaud –Belkacem, ministre de l’éducation nationale, lors de la conférence nationale Refondation au Salon Européen de l’Éducation qui s’est tenu le 11 mars 2016. 

    Ce discours me rappelle celui du président de la république à la Sorbonne et les objectifs fixés par son ministre de l’époque Vincent PEILLON. Depuis nous en sommes à la troisième ministre de l’Education nationale sur 4 ans avec, à mon sens, une refondation qui se fait attendre et a traîné tant sur le plan de la réflexion que sur le plan de la mise en œuvre. J’ai eu l’occasion de la suivre pas à pas depuis son annonce et le moins qu’on puisse dire, c’est que, même sil y a eu quelques mesures qui allaient dans le bon sens, on est bien loin, au bout de quatre années, des discours prononcés en 2012.

    Je reprends ci-après quelques points du discours de Madame la Ministre de l’ Education nationale sur lesquels j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur le présent blog, ceci depuis 2102. Des réactions s’imposent face au discours.

    A l ‘époque, j’avais trouvé l’objectif de refonder l’école motivant, enthousiasmant même et digne d’y participer. (Voir mes propos et ce qu’en j’en pensais sur http://quaiducitoyen.eklablog.fr/refondation-de-l-ecole-a47246125   et   http://quaiducitoyen.eklablog.fr/c-est-bientot-la-rentree-a49806954 et http://quaiducitoyen.eklablog.fr/francois-hollande-a-lance-la-refondation-de-l-ecole-a57617461 )

    Comme j’ai bien dû le dire plus tard, hélas, au fur et à mesure du temps, le désenchantement à fait place à l’enthousiasme du départ. Dans un article intitulé « la refondation de l’école est en danger d’asphyxie » (http://quaiducitoyen.eklablog.fr/la-refondation-de-l-ecole-est-en-danger-d-asphyxie-a91422307), du 31 mai 2013 je faisais déjà un constat amer sur la manière dont le ministre de l’époque avait commencé à mener la refondation :

    « Comme pour l’asphyxie, la strangulation provoquée par le carcan du décret sur les rythmes scolaires qui étouffe les équipes pédagogiques, l’absorption irrespirable des miasmes de l’électoralisme et des pressions des lobbies, la non considération des symptômes des désillusions des acteurs de terrain  sont  en train de mener la refondation à une agonie réelle et ce  beau projet n’aura bientôt  plus de dynamique. Cela  entrainera des séquelles irréversibles dans les forces vives de notre système éducatif alors que le poison du doute s’y est de plus instillé. »

    Cela s’est confirmé dans les faits par la suite sous la houlette de Vincent Peillon puis de Benoit Hamon et enfin Najat Vallaud-Belkacem.

    Je vais donc me contenter de faire quelques observations rapides et succinctes mais, comme je dis souvent, hélas, j’y reviendrai. Et cette fois, ce sera avec plus de détails.

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    LES PROPOS DE MADAME LA MINISTRE ET MES REACTIONS

    - « Refonder, dans la cohérence, dans la durée, avec l’ambition de retrouver le souffle des grandes réformes qui ont marqué l’histoire de l’éducation dans notre pays »

    Ma réaction :  quelle cohérence ? Quelle durée ? Depuis l’annonce de la refondation par le Président de la République et Vincent Peillon, il y a justement eu nombre d’incohérences que j’ai exposées dans divers articles de ce bloc : incohérence dans la chronologie pour véritablement refonder : les « rythmes» avant les programmes, les plages de vacances scolaires complétement déconnectées des rythmes des enfants et des jeunes justement. Si la refondation de l’Ecole est une œuvre de longue haleine, elle ne pouvait vraiment aboutir que dans la mesure où une réflexion cohérente et les vrais moyens auraient été prévus et planifiés pour ce faire. On n’en a pas pris, hélas, le chemin :

    -       recul dans le temps de la refonte des programmes

    -       aucune remise en cause du nombre d’heures de travail annuel des élèves

    -       aucune remise en cause d’une réforme des rythmes, dévoyée par l’électoralisme au profit des activités périscolaires et qui n’apportent rien durant le temps scolaire mais fatiguent nombre d’élèves et les placent dans des situations complétement loufoques permises par le système mis en place comme par exemple les Temps d’Activités Périscolaires tout au long d’une journée, le mardi. Vive la cohérence !

    -       Aucune vraie revalorisation de la fonction d’enseignants du premier degré.

    ....

    J’ai détaillé l’ensemble des manques sur ce blog comme de nombreux autres l’ont fait aussi en le faisant entendre. Ils n’ont guère été écoutés. Mais sans doute étaient-ils trop près du terrain. J’y reviendrai aussi.

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    - « Le rapport PISA 2012 soulignait ainsi que la France était le pays de l’OCDE où le déterminisme social était le plus fort. La question de l’égalité ne se résume donc pas à l’offre : elle doit aussi agir sur la situation concrète dans laquelle se trouvent les élèves. »

    Ma réaction : Tout à fait d’accord. Mais s’il y a eu une remise à niveau partielle des moyens en poste d’enseignants, elle n’a pas été suffisante pour combler d’une part la destruction des postes opérée sous Nicolas Sarkozy mais aussi pour tenir compte de l’augmentation du nombre d’élèves et de la hausse démographique.

    D’autre part, le remplacement des maîtres est toujours aussi déficient et fait perdre chaque jour à de nombreux élèves les conditions d’un encadrement auxquels ils ont droit pour apprendre : surcharges des classes du fait de la répartition des élèves dûes au manque de remplacements ce qui entraîne de manière répétée des conditions de travail difficiles dont les élèves pâtissent. Les faits le prouvent et sont indiscutables.

    Depuis début janvier 2016, sur le site internet de la FCPE dédié aux absences des professeurs et maîtres non remplacées, ouyapacours *, le nombre de signalements explose: une hausse de près de 30 % par rapport à la même période de 2014.

    Une autre source , celle de la cour des comptes , indique  qu’elle évaluait entre 6 000 et 10 000 les jours de classe manqués en France depuis le début de l'année solaire 2015/2016.

    Pour la rentrée scolaire prochaine, des classes seront supprimées là où les conditions de travail commençaient à être cohérentes pour que justement on puisse « agir sur la situation concrète dans laquelle se trouvent les élèves ». Dixit madame la ministre.

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    - « La refondation s’est accompagnée d’une mise à jour de la carte des Réseaux d’Education Prioritaire : parce que nous avions besoin de faire coïncider la sectorisation des écoles et des collèges avec la réalité des territoires. »

    Certes, mais le redécoupage de la carte de l’éducation prioritaire manque d’ambition par manque de moyens attribués pour rattraper 30 ans de dégradation des conditions socio-économiques qui ont eu des conséquences sur l’Ecole. Il y avait nécessité d’amplifier fortement un dispositif qui laisse encore de côté bon nombre d’écoles et de collèges et il faut donc tenir compte de l’ensemble des besoins et véritablement réformer l’éducation prioritaire de manière plus ambitieuse.

    Il aurait fallu aussi développer les RASED de l’école maternelle à la fin du collège. Si on dit qu’il faut mettre tout en œuvre pour que chaque enfant maîtrise la langue française, outil indispensable d’appropriation de la culture de notre pays, comme de la priorité absolue de lutter contre le décrochage scolaire et bien cela passe par une aide massive aux élèves en grande difficulté scolaire dès la maternelle et en élémentaire mais aussi au collège dans le cadre d’un plan progressif qu’il aurait fallu mettre en place depuis septembre 2012. Mais aucun plan n’a été fait. Les ministres se sont contentés de quelques broutilles sans aucune ambition.

    Or les RASED ont été décimés sous l’ère SARKOZY : Entre 2008 et 2012, 5 000 postes en RASED ont été supprimés et l’on a essayé de disloquer les équipes dont les maitres ont été utilisés comme des « variables d’ajustement » des budgets de l’Education nationale.

    Qu’a t-il été fait depuis ? Parue le 28 août 2014 une circulaire sur le fonctionnement des Rased  leur a reconnu une véritable place dans le système éducatif. Mais le nombre de maîtres spécialisés n’a pas guère été augmenté : une centaine de création pour 5 000 suppressions ! La formation est revenue mais pour très peu de postes. Le ministère a parlé « de maîtres supplémentaires créés pour aider les classes » pour tenter de justifier le manque de création. Ce qui n’a rien à voir avec l’action de maîtres spécialisés pour les élèves en grande difficulté. De la parole aux actes, il y a donc un gouffre : dans les faits, dans les circonscriptions il manque toujours autant de personnels pour assurer véritablement une prise en charge de tous les élèves qui en auraient besoin. Dans certaines circonscriptions il y a même des postes en moins. Il faut toujours faire des choix – impossible mais ordonnés par les inspecteurs- de prise en charge par manque de personnels et comme avant, des élèves restent en nombre sur le bord du chemin.

    Non, les moyens ne sont pas mis pour « agir sur la situation concrète dans laquelle se trouvent les élèves », madame la ministre.

    Des milliers de postes de Rased manquent toujours à l’appel ce qui prive encore des milliers d’élèves en difficultés scolaires d’une aide spécialisée. 

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    (CDEN alternatif du Nord devant la préfecture de Lille)

    POUR CONCLURE CES TROIS POINTS

    La refondation ne se fait pas à l’évidence dans la cohérence et même si elle doit se faire dans la durée, il aurait fallu commencer à la mener pour nombre de points dès le début de la mandature ce qui n’a pas été fait et pour d’autres pas encore fait.

    On a préféré lancer une non réforme des rythmes « dits scolaires » gadget, à la va vite, complétement déconnectée de la réalité des classes et qui n’a rien apporté dans l’amélioration de la prise en charge des enfants du point de vue de leur scolarité. Pour cela, on a fait fi d’une vraie concertation avec les acteurs du terrain, enseignants comme parents ou éducateurs. Le vrai objectif était électoraliste : ne pas toucher au samedi matin mis en place par Darcos pour ne pas déranger les parents. Et à partir de là, des technocrates ont pondu un décret complétement absurde qui a mis à bas toute ambition réelle de vouloir prendre en compte sérieusement les rythmes des enfants et des jeunes. Et je passe sur les aberrations du découpage pour les vacances scolaires...

    Les points suivants que j’examine dans la partie 2 relèvent, hélas, des mêmes carences : Formation, revalorisation, concertation, laïcité ...

    INCOHERENCES, RETARDS, MANQUE D’AMBITION ET DE MOYENS... ET PAS DE REFONDATION...

     

    Patrick PATTE

     Ancien secrétaire général de la FCPE Nord  (jusqu’au 9 juin 2012)  

     Ex  Coordinateur et animateur du CDEN alternatif du Nord, ...

     (Conseil départemental de l' Education nationale alternatif, structure de concertation départementale réunie sous le gouvernement Fillon et qui  a travaillé 17 propositions clés de terrain pour l'avenir de l'école. Ces propositions ont été envoyées en juin 2012 à monsieur Peillon, nouveau ministre de l'Education nationale)

     

      

    * http://ouyapacours.fcpe.asso.fr/

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