• L’UNIFORME À L’ÉCOLE : FANTASME DES POLITICIENS HORS SOL 2 sur 2

    Dans les pages précédentes, je me posais la question de la coïncidence entre les propos du ministre de l’éducation nationale et la consultation de Provins sur le port de l’uniforme à l’école.

    Il me semble que le ministre succombe lui aussi au fantasme des soi-disant vertus de l’uniforme...

    L’UNIFORME À L’ÉCOLE : FANTASME DES POLITICIENS HORS SOL 2 sur 2

    (Auteur Pixel1, CC0 domaine public)

    LE MINISTRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE SOUTIENT LE FANTASME

    Monsieur Blanquer s'exprimait, en effet, il y a quelques jours, sur le sujet sur BFM TV: l'uniforme "un enjeu d’égalité entre les enfants"."Ça permet d’éviter les phénomènes matérialistes un peu stupides. L’uniforme peut être une réponse. Je n’en fais pas l’alpha et l’oméga d’une politique éducative, mais ça peut marcher... »

    On se demande où est l’enjeu d’égalité.
    Ça situe tout de suite le niveau de nos gouvernants – et ce n’est pas d’aujourd’hui - quand il s’agit de refonder l’école.

    Le ministre qui persiste à ne régler les problèmes qu'à coup d'annonces sans réels moyens que ceux de "déshabiller Paul pour habiller Jacques" (cf. les CP à 12) soutient l’initiative. Il faut dire que c’est lui qui a, en quelque sorte, lancé l’idée.

    Les « retours  dans le passé », électoralistes, sont foison et destinés à appâter les gogos nostalgiques de l'"ancienne école" y compris celle qui n’a jamais existé ou pour ceux qui ne l’ont jamais connue :

    • Le retour à la semaine de 4 jours qui est une hérésie chrono biologique pour tuer lentement la semaine de 4 jours et demi
    • Le "retour" mensonger aux fondamentaux à propos de domaines qui n’ont jamais disparu comme la dictée mais en l’imposant « quotidienne » comme si, seule, la dictée pouvait faire apprendre l'orthographe ou le calcul mental qui se fait dans toutes les classes...
    • Le retour à la méthode syllabique annoncée comme si elle n’était pas pratiquée pour relancer un débat obsolète sur les méthodes d’apprentissages de la lecture pour opposer méthode globale qu’on ne pratique plus depuis des lustres à méthode syllabique qui pratiquée seule ne suffit pas pour apprendre à lire...

    L’important dans tout cela est de faire le BUZZ sur le mot « retour » pour instrumentaliser les esprits et enfoncer dans les crânes des électeurs la théorie de « c’était mieux avant » pour ne pas faire le nécessaire pour construire l’école de l’avenir de nos enfants et prendre mieux en charge ceux qui ont des difficultés.

    C’est une imposture.

    L’UNIFORME À L’ÉCOLE : FANTASME DES POLITICIENS HORS SOL 2 sur 2

    (The Pied Piper leads the children out of Hamelin. Illustration by Kate Greenaway to the Robert Browning version of the tale. Artist: Kate Greenaway (1846–1901) Engraver: Edmund Evans (1826–1905)   Alternative names Edmund William Evans - domaine public)

    Tout cela avec la bénédiction et l’aide de nombre de médias qui laissent les imprécisions et le flou, comme pour le « retour de l’uniforme à l’école », sur tous ces faux semblants destinés à accréditer une politique éducative rétrograde.

    On fait une loi inutile pour montrer qu’on agit pour interdire le téléphone portable à l’école, au collège et au lycée alors que dans tous les établissements des règles ont été établies avec bon sens pour son utilisation. La loi ne fait d’ailleurs qu’entériner ce qu’ici ou là se pratique dans les établissements.

    J’en passe. Comme je le disais dans un de mes écrits au début du quinquennat : « Ça commence mal pour l’école » et ça continue mal. (http://quaiducitoyen.eklablog.fr/le-quinquennat-commence-mal-pour-l-ecole-a131557396 )

    On choisit bien les thèmes habituels des fantasmes de certains français souvent détectés par sondage et que l’on réveille pour faire du BUZZ. Pendant ce temps là, ça évite de penser aux autres problèmes non résolus de l’école... et ils sont nombreux.

    Tout cela sort sur fond de mépris pour les enseignants.

    On essaye de contenter flatter et contenter les parents avec des théories simplistes auxquelles malheureusement certains adhèrent.

    Pour en revenir donc au port de l’uniforme à l’école, le ministre Jean-Michel BLANQUER a quand même indiqué qu’il ne veut pas le généraliser. Encore heureux ! Il dit néanmoins qu’il laisse le soin au Maire, localement donc de décider.

    De quel droit un Maire pourrait-il devenir un décideur de la manière dont devraient s’habiller les élèves qui vont en classe ? N’a-t-il pas d’autres sujets plus importants à traiter et qui sont de sa compétence comme le bio dans les cantines scolaires, les moyens de fonctionnement matériel des écoles, le personnel de service, l’aide aux classes de découvertes... ?!

    L’UNIFORME À L’ÉCOLE : LE FUTUR CONJUGUÉ AU PASSÉ

    C’est ce que j’écrivais en titre d’un article sur le sujet sur mon blog, le 23 janvier 2015, quand, après les attentats meurtriers qui ont fait 17 morts (et des victimes qui ont subi de lourds traumatismes) « certains n’ont pu s’empêcher de ressortir un débat du port de l’uniforme à l’école ».

    Ainsi, selon le député Bernard DEBRÉ, par exemple le port de l’uniforme dans les écoles, les collèges et les lycées « doit redevenir la règle. Cela permettrait de redonner aux élèves la conscience qu'être à l'école, c'est être dans un lieu spécifique, républicain et protecteur".

    Lui aussi aurait dû réviser son histoire au lieu de nous plaquer son fantasme de l’uniforme à l’école qui n’a jamais existé que dans son esprit.

    Je n’ai pas changé d’avis : le port de l’uniforme est un débat poussiéreux.

    J'écrivais, également sur mon blog, lors de l'examen des programmes des candidats aux présidentielles ,à propos de celui de FRANÇOIS FILLON qui était dans le même fil de pensée de cette école fantasmée qui n’a jamais existé que dans l’esprit embrouillé de politiciens du passé :

    "Tout transpire le « c’était mieux avant » très racoleur mais absolument vide de sens quand on sait ce que sont les élèves de notre siècle.(...) La vue conservatrice des évolutions de l’école « revenir aux temps jadis », le leitmotiv facile pour revenir en arrière alors qu’il faut aller de l’avant. Retour vers le futur sans donner plus d’explications sur la machine à remonter le temps qui fera qu’en appliquant des recettes du passé on améliorera le présent et le futur :

    Comment va être pris en compte le développement des inégalités, la révolution numérique, les modes de vie en constante évolution, les rythmes des vacances scolaires, le soutien des élèves en difficulté dès le plus jeune âge... ? Sûrement pas en voulant mélanger dans un gloubi-boulga qui sent le rance des mesures sans queue ni tête qui se veulent autoritaires mais ne serviront pas l’autorité. En tête de ligne des costumes ou des uniformes pour racoler la nostalgie d’une école fantasmée par des individus, soi-disant élites de la nation mais hors sol, qui méritent le bonnet d'âne qu'ils vénèrent, le coup de règle sur le bout des doigts qu'ils ont sans doute appréciés ou la mise au coin qui leur a sans doute forgé le caractère pour peu qu'ils aient eu à les subir... »

    L’UNIFORME À L’ÉCOLE : FANTASME DES POLITICIENS HORS SOL 2 sur 2

     (auteur geralt,CC0 domaine public)

     

    L’UNIFORME À L’ÉCOLE : UN THÈME PORTEUR POUR INSTRUMENTALISER

    Que ce soit Macron, Blanquer, Darcos, Fillon et les autres, tout cela n’est qu’une instrumentalisation des esprits par des politiciens qui veulent faire croire à la vérité de leurs fantasmes pour masquer leur incapacité à refonder l’École avec de véritables moyens au service d’une réflexion qui ira au fond des choses tant sur les pédagogies que la formation des maîtres que certains ont d’ailleurs essayé de détruire, sur la prise en charge réelle des élèves en difficulté y compris au delà des zones ghettos qui sont l’œuvre des politiques depuis des décennies, sur les rythmes des enfants et des jeunes qu’on ne veut pas réellement aborder...

    Que l'on me comprenne bien, il ne s'agit pas ici d'être contre systématiquement parce que c'est Blanquer ou Macron qui proposent.  Quand Hollande a lancé la Refondation de l'école, j'ai défendu le principe. Mais il a fallu à l'évidence se rendre compte que tout cela n'étaient que des mots qui n'ont été suivis d'aucune refondation pour cause de manque de courage politique. (http://quaiducitoyen.eklablog.fr/hollande-ca-va-mieux-c-est-lui-qui-l-dit-education-1-sur-2-a125863252 et http://quaiducitoyen.eklablog.fr/hollande-ca-va-mieux-c-est-lui-qu-il-l-dit-education-2-a125922674 ).

    Mais accepter comme Marine LE PEN et François FILLON dans leur programme pour les élections à la présidentielle , l’idée qu’on puisse mettre un uniforme à l’école voire au collège et au lycée, cela marque bien le niveau électoraliste et aléatoire du programme d’Emmanuel MACRON pour l’École ainsi que je le disais à l’époque des examens des dits programmes : « Ce programme pour l’école n’est pas le reflet d’un vrai projet cohérent pour l’école pour laquelle aucun moyen supplémentaire véritable n’est attribué si ce n’est à la marge. Il me fait l’effet d’une accumulation de mesurettes qui ne pourront pas améliorer sensiblement la prise en charge des élèves pour une meilleure réussite de chacun. »

    Ils flirtent d'ailleurs avec d'autres idées des programmes de ces personnages de la droite ou de l'extrême droite... J’y reviendrai.

    (François Fillon disait à l’université d’été des Républicains à la Baule, le 3 septembre 2016 : « Moi je veux une école primaire qui transmette les valeurs et les savoirs fondamentaux. Je veux une école du respect et de l’autorité symbolisés par le port de l’uniforme ». Marine LE PEN , le 3 juin 2018 au Grand Jury RTL : "En ce qui concerne l'uniforme scolaire, les enfants doivent être préservés des tentations et des pressions systématiques qu'effectuent sur eux les marques. Source d'égalité, c'est également un moyen de remettre l'Education au coeur de l'Ecole républicaine." )

    Il y a bien d'autres choses à faire que de relancer le serpent de mer de l'uniforme à l'école qui ne correspond à aucun besoin susceptible de refonder l'école mais qui masque le manque d'imagination ou de volonté pour avancer et continuer de bâtir l'école qui correspondent aux multiples besoins de nos enfants dans un monde en constante évolution pour leur donner les outils indispensables pour qu'ils deviennent véritablement autonomes, ceci très brièvement dit car le terme « autonome » a besoin de plus de définition.

    Outre ce que l'école de la République peut apporter comme outils de base indispensables comme le lire, écrire et compter dans toutes leurs formes et complexités, il est hautement nécessaire de permettre, entre autres, l'autonomie de jugement. Tout un programme... Pour cela, le politique a la responsabilité de tout mettre en œuvre pour ce faire et donc y mettre les moyens nécessaires sans arrière pensée politicienne... Bref, donner à nos élèves les moyens de ne pas se faire instrumentaliser par des médis ou un quelconque politicien au service d'une idéologie qu'il veut imposer.

    C’est ce que font actuellement Macron et ses "amis".

    Ce qui se passe actuellement avec "le port de l'uniforme" n'est qu'un signe parmi les autres,  pour imposer l'idéologie d'un pouvoir politique qui fait le choix soit de se réfugier dans le symbole, dans l’incantation, le culte du mythe,  pour ne pas avoir à affronter le réel qui demande des moyens, soit d'appliquer sciemment la manipulation des esprits pour la mise en place d'une politique de l'École au service d'un libéralisme pris dans le plus mauvais sens celui en lequel croient les soi-disant élites qui nous gouvernent mais qui n'est en aucun cas au service de la liberté.

    Cette manipulation doit être fermement dénoncée.

    L’UNIFORME À L’ÉCOLE : FANTASME DES POLITICIENS HORS SOL 2 sur 2

    ( Edvard Munch, 1893, The Scream, oil, tempera and pastel on cardboard, 91 x 73 cm, National Gallery of Norway - Domaine public)

     POUR CONCLURE (PROVISOIREMENT)

    Le libéralisme, j'y adhère quand de par ses actes il respecte le sens de son étymologie: du latin liberalis, généreux, noble, digne d'une personne libre.

    Il ne s'agit donc pas du libéralisme corrompu, mis en œuvre à partir des années 80, honteusement perverti, et qui consiste à transformer la société pour qu'elle réponde pleinement aux exigences d'un capitalisme effréné source de richesses pour une minorité et acquises entre autres par la spéculation au détriment du partage juste des fruits du travail et source de richesses pour tous et pas seulement quelques uns. Les inégalités actuelles en France et dans le monde le prouvent.

    Comme le disait Albert Jacquard dans son ouvrage "J'accuse l'économie triomphante ( 1995) ":

    "La véritable liberté est indissociable de la protection des plus faibles. Le libéralisme à l'occidentale est synonyme d'esclavage pour la grande majorité des hommes, qu'ils soient citoyens des pays du Sud ou relégués dans les couches dévalorisées des pays du Nord."

    Le port de l’uniforme ce n’est pas la liberté mais le début de l’aliénation.

    "Chasser le gogo qui est en chaque citoyen, faire en sorte que ceux qui n'utilisent pas (ou trop peu) leur citoyenneté se réveillent, refusent les conditionnements aliénants et exigent de vivre autrement, c'est en cela que consisterait la révolution dans une République qui nous propose les moyens de la citoyenneté."
    Jacques Testart - Le Mur, le vélo et le citoyen - 2006

    Tout l'inverse de ce que fait le pouvoir actuel aidés de certains médias.

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