• Refondation de l’Ecole : quel avenir ? (2)

    Refondation de l’Ecole : quel avenir ? (2)Pour faire suite, de manière positive, au vote de la loi sur la refondation de l’Ecole, je pense qu’il faudrait sortir des rails habituels et rouillés ministériels  pour mettre en place les ESPE (Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education) et le Conseil Supérieur des programmes.

    Je ne fais ici que partager mon sentiment et mon avis à la lumière de mon humble expérience. Le débat reste pour moi ouvert sur de nombreux points. Mais il faut que le gouvernement et le ministre de l’éducation nationale arrêtent de croire qu’ils ont la vérité et jouent un jeu qui ne soit pas celui du clientélisme électoral ou de diverses "chapelles" qui agissent pour faire pression. Le décret sur les rythmes parus en janvier 2013 , avant même d’examiner la loi,  en est l’image. Les divers amendements de la loi rejetés à l'assemblée nationale et au sénat en sont aussi une illustration.

    Il faut de plus,  accélérer la rédaction des programmes et ne pas attendre 2015 pour en commencer la parution : Question de conception, de  méthode , de dynamique et de moyens de travailler pour celles et ceux qui les rédigeront…

    POUR EN REVENIR A  LA PEDAGOGIE.

    On ne peut être que d’accord pour refonder la  péda­gogie dans le sens « de la coopé­ration, du mutuel­lisme, de l’action, de l’initiative, de la confiance…en sub­sti­tuant la logique de coopé­ration à la logique de com­pé­tition, en rap­pelant qu’il s’agit d’un projet d’école tout au long de la vie. »(propos de Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale lors du débat au sénat).

    Il faut maintenant passer aux processus de mise en place de ces belles intentions.

    Pour ce qui est de la formation (et  donc entre autres  à la pédagogie mais pas seulement) celle initiale est rétablie avec la création des ESPE (Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education).  C’est bien et il faut espérer que l’on ne retombera pas dans les travers habituels : Il est dommage que ce texte indique une  continuité avec les IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres). Il aurait plutôt fallu parler de rupture.  Ce n’est pas  seulement en transférant automatiquement les personnels IUFM vers les ESPE qu’on fera évoluer la formation des IUFM. «  Refondation de l’Ecole : quel avenir ? (2)Rien ne sera fait si les enseignants ne se forment pas aux pédagogies de la réussite et si la formation des maîtres n’est pas une  formation solide, bien construite et qui prend le temps d'être faite. La formation des enseignants doit donc être  pensée et élaborée non pas seulement avec les acteurs  actuels des inspections générales   ou de l’Université ou les seuls « penseurs » ou personnalités nationales mais aussi avec des vrais praticiens et chercheurs  qui s’appuient sur des réalités et des méthodes nouvelles ou non,  expérimentées sur le terrain dans les écoles et qui doivent confronter leurs idées. Il doit en sortir un véritable projet national de formation aux pédagogies adaptées aux élèves de France. La liberté et l'innovation  pédagogique doivent reprendre tous leurs sens et être boostées. On doit en faciliter l’intégration dans la formation et ne pas en rester aux seules recettes traditionnelles .Et cela doit être vite mis en place, ce qui est possible si on y met les moyens opérationnels et qu’on casse les lourdeurs administratives ou les freins d’une bureaucratie nationale inadaptée.  Elle doit aussi être construite avec les intéressés en formation qui doivent s’approprier les connaissances et « avoir leur mot à dire » et sans les infantiliser comme on l'a connu avec les élèves professeurs dans certains  IUFM dans le passé. Celles et ceux qui y sont passés peuvent en témoigner. »  (Extrait de mon article du 21 mars 2013, rubrique éducation).  

    J'y reviendrai.

    MAIS QUE DEVIENT  LA FORMATION CONTINUE A L’ABANDON DEPUIS DE NOMBREUSES ANNEES ?

    Dans la loi, la formation continue semble  être à peine effleurée et le parent pauvre, au niveau budgétaire notamment mais pas seulement.  Même si  l’amendement de monsieur DURAND, rapporteur de la loi a été accepté par le sénat et affirme que "chaque enseignant est encouragé à se former régulièrement" et qu'une offre de formation continue adaptée aux besoins des personnels d'enseignement est proposée, notamment par le biais des écoles supérieures du professorat et de l'éducation", c’est un peu léger sur la précisin des moyens qu’on mettra en œuvre pour ce faire.

    Il faut pourtant  de manière urgente, dès la prochaine rentrée,   mettre  en oeuvre  la formation continue et donc les moyens  pour que la rénovation pédagogique se poursuive et s’intensifie dans chaque école.  Les heures « d’animation pédagogique » traditionnelles sont sans doute utiles mais insuffisantes.  C’est pourtant essentiel et vital.

    Comme je le disais hier, dans la partie 1, il y a aussi  le volet formation aux outils numériques, l'utilisation des logiciels. Et puis si on ne laisse pas aux instituteurs et professeurs des écoles du temps pour animer leurs équipes pédagogiques, se concerter pour agir …ce sera peine perdue. Le carcan horaire actuel défini par le décret sur la semaine scolaire les enferment volontairement dans une inepte surveillance de l'accomplissement de leurs heures de service "dûes" quand ils ne sont pas avec les élèves. 

    J’y reviendrai.

    (Illustration du travail en équipe empruntée au sport, auteur Frachet,janvier 2010, GNU Free Documentation License version 1.2)

    Refondation de l’Ecole : quel avenir ? (2)

     

     LA COMPOSITION OBSOLETE  DU CONSEIL SUPERIEUR DES PROGRAMMES.

    Ou le mépris des acteurs du terrain, suite…

    Si on estime que le conseil doit être « Supérieur », tel qu’il semble qu’il sera que composé,  il n’en a que le nom.

    Cette composition augure mal, en effet, de la suite et du résultat. 

    La refonte des programmes est pourtant un élément très important de la refondation : Le Conseil Supérieur des Programmes aura pour mission de définir « de nouveaux contenus d'enseignement et l’articulation entre programmes et nouveau socle commun », éléments clés de la loi. 

    C'est une lourde responsabilité mais aussi une nécessité vitale.   Les nouveaux contenus d’enseignement devraient entrer en vigueur à la rentrée 2015. 

    C’est un peu long non ? 

    On devrait pouvoir aller plus vite et raccourcir d’une année si on prend les moyens de faire agir une vraie commission de travail et pas ce qui risque d'être un « machin » ankylosé par des principes de fonctionnement éculé.

     Une fois encore le gouvernement, comme pour le décret sur les rythmes, fait fi des enseignants du terrain qui n’auront pas leur mot à dire sur les programmes.  Pourtant un amendement avait été proposé au sénat pour que le conseil supérieur soit composé pour moitié d’enseignants de terrain. Cela a été rejeté. Cela relève du mépris pour les acteurs de terrain.  

    Même si, après le passage au sénat, le nombre du futur conseil est porté de 16 à 18 membres , ce n’est que pour apporter plus de poids à la représentation du parlement dans cette instance. Dix personnalités qualifiées seront  en effet nommées par le ministre. Le nombre de parlementaires passe de 4 à 6 ( 3 députés  et 3 sénateurs) auxquels s’ajoutent deux membres du CESE. Il eut été plus utile de conforter la présence d’enseignants de terrain plutôt que de rajouter des parlementaires.  Ou alors il fallait nommer à côté de cette instance une commission composée de véritables acteurs de terrain dont le rôle aurait été de rédiger les programmes : Une structure moderne ayant tous les moyens de travailler rapidement  et donc délestée des lourdeurs étatiques. Elle doit pouvoirfaire un travail de fond,  cohérent, en dépassant les conceptions désuètes habituelles, ceci pour qu’il y ait une production en continu, intelligente et rapide. 

    Ne pas oublier qu'il faut ensuite, pour les personnels, mettre ces programmes en oeuvre ce qui n'est pas la moindre des choses.

    Ce n’est pas en reprenant les mêmes procédés élitistes et désuets de la technocratie de l’éducation nationale  pour composer un conseil de cette importance, sans l’expertise du terrain, que l’on aura des programmes vraiment rénovés, allégés et cohérents de la maternelle à l’université.

    La composition actuellement prévue  ne peut donc convenir. 

    Refondation de l’Ecole : quel avenir ? (2)

    Seuls les compétences des enseignants de terrain de tous les degrés, des conseillers pédagogiques, des IEN (inspecteur de l’éducation nationale), des IPR (nspecteur pédagogique régional) mais aussi  des chercheurs, des experts engagés dans des projets qui ont su concrètement montrer la voie de la rénovation pourront apporter  une rédaction claire de programmes adaptés et en cohérence entre les cycles.  

    En plus d’être clairs, ces programmes doivent être débarrassés des redondances et des inutilités et donc enfin - ce qui est réclamé depuis longtemps par les enseignants-   faisables dans un  nombre d’heures annuelles à déterminer. 

    Il faut le faire en articulant bien maternelle, élémentaire, collège et lycée (et prévoir le passage et la préparation par exemple vers l’université) .

    Cela doit permettre aux enseignants de ne pas faire" la course   pour finir le programme" et laisser sur le chemin celles et ceux des élèves « qui ne suivent pas ».  

    C’est aussi très étroitement lié à la pédagogie et aux moyens de mise en œuvre de la prise en charge des élèves en difficulté.

     J’y reviendrai aussi.

    Refondation de l’Ecole : quel avenir ? (2)


    Seuls des programmes enfin dépoussiérés  de leurs lourdeurs, de leurs incohérences  et de leurs inutilités permettront de régler nombre de problèmes actuels de notre système éducatif y compris les rythmes, la durée de l’année scolaire parce qu’enfin on pourra estimer  combien d’heures il faut consacrer à l’enseignement et qu’on pourra ainsi déterminer les périodes durant lesquelles l’élève sera enseigné dans le cadre d’une continuité cohérente. 

    Il ne s’agira pas là, comme on l’a vu trop souvent ces derniers mois, de donner un nombre d’heures théoriques annuels qui ne repose que sur des considérations éculées qui ne pourront en rien aider à refonder notre système éducatif. L'exemple de la sonde inutile  lancée à propos de la durée des vacances scolaires est significatif de cet état d'esprit désuet.

    (Voir mes réflexions de septembre et octobre 2012 à l’époque où j’étais optimiste  sur  http://quaiducitoyen.eklablog.fr/vacances-d-ete-zonage-pas-zonage-dezonage-a50090432  et http://quaiducitoyen.eklablog.fr/refondation-de-l-ecole-un-rapport-interessant-mais-a57567439)  

    Actuellement,  on veut mettre en place dans le premier degré de nouveaux rythmes hebdomadaires à la rentrée prochaine alors que les programmes seront toujours les mêmes et qu’on sait qu’ils sont trop chargés.  

    Cherchez l’erreur…

    Pas sûr qu’on ait bien établi le calendrier  programme de la mise en œuvre de la refondation.


    La suite…dans une troisième partie.

     

    Patrick PATTE

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 12 Juin 2013 à 19:35

    Le mépris pour les acteurs de terrain se poursuit avec la "formation" continue version numérique du ministère. Quelle deception!...  Une belle usine à gaz bien hiérarchisée dans laquelle nous n'avons même plus le choix de notre module de formation ... Par contre la phase "flicage" est bien présente !

    La suite m'inquiète de plus en plus ...

    http://cache.media.education.gouv.fr/file/06_Juin/46/1/Magistere_255461.pdf

    2
    james morane Profil de james morane
    Jeudi 13 Juin 2013 à 16:55

    Si la formation continue n'est que basée sur ce type de moyens, elle ne sera pas efficace. La formation continue doit être adaptée aux manques de chacun pour aller dans le sens d'une meilleure prise en charge de tpus les élèves dans le cadre d'une pédagogie rénovée. Elle a donc besoin d'échanges  d'expériences, de connaissances de pédagogies variées. Le seul service "M@gistère", s'il est un plus, ne saura être suffisant pour une vraie formation continue. Un peu léger et de conception technocratique.

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