• Refondation de l'Ecole: quel avenir? (1)

    Refondation de l'Ecole: quel avenir?J’écrivais dans mon article précédent  que le ministre de l’éducation nationale devrait se réveiller, « ouvrir son parachute » et tenir compte des acteurs du terrain s’il veut que la refondation prenne de l’essor et avance.   

    Est-ce à dire que tous les points de la loi votée sont à rejeter ?

    Non, bien entendu. C'est le cas par exemple  pour le numérique, la conception de la maternelle, le collège, les ESPE. Mais nombre de points, s’ils sont positifs, demandent à être précisés notamment au niveau des moyens ou des procédures.  D’autres, malheureusement ne sont pas à la hauteur des enjeux ( lycée, univesité, projets éducatifs de territoire, formation continue) ou ne sont pas rectifiés( notamment le décret électoraliste sur les rythmes) . Les remarques que j’avais faites après le vote de la loi à l’assemblée nationale sont toujours d’actualité : http://quaiducitoyen.eklablog.fr/refondation-de-l-ecole-la-loi-a-ete-votee-a-l-assemblee-nationale-a80307396

    Enfin, on sent que ce texte est encore plein de relents de conservatisme technocratique dans les méthodes à appliquer pour avancer. Il n’est qu’à considérer la constitution habituelle et élitiste du conseil supérieur des programmes.

     ( d'après image auteur inconnu, domaine public)

    Refondation de l'Ecole: quel avenir? (1)(le MO5 a participé à un programme national d'équipement informatique d'établissements scolaires et d'enseignement à partir de 1985 en France : le "plan informatique pour tous", auteur Rama et musée Bolo, licence Creative Commons Paternité – Partage des conditions initiales à l’identique 2.0 France.)

    L'ECOLE ET LE NUMERIQUE

    Les ambitions qui sont de faire entrer l'école dans l'ére du numérique sont tout à fait louables. On ne peut qu'être d'accord avec les objectifs fixés pour la pédagogie différenciée, l'autonomie des élèves, l'aide au handicap.

    Dans le domaine du handicap, il existe des solutions pour aider par exemple un enfant dislexique ou dispraxique à l'école et au collège mais encore faut-il qu'au niveau des enseignants, il y ait la connaissance des outils et que l'on mette en place les dispositifs d'aide nécessaires pour leur utilisation. Les constats récents que j'ai pu faire en ce domaine montre à l'évidence qu'il y un manque  tant de la connaissance de ce qui existe comme moyens que de la possible utilisation par un élève dans le cadre normal de la classe.

    Le projet de loi sur l’école, qui vient d’être adopté au Sénat, donne la priorité aux logiciels libres et aux formats ouverts. C'est une bonne chose.  A l'énoncé de cette priorité, Syntec  (qui représente près de 1250 groupes et sociétés françaises spécialisées dans les professions de l'Ingénierie, des Services Informatiques, des Études et du Conseil, de la Formation Professionnelle) et l'AFDEL ( qui représente plus de 300 entreprises, start-ups, PME, grands groupes, qui inventent les usages numériques de demain) ont  dénoncé les orientations retenues.  Le projet de loi sur l’Enseignement supérieur et la Recherche examiné en séance publique à l’Assemblée nationale a suscité le dépôt d’amendements identiques. 

    La bagarre risque d'être rude. Je pense quant à moi qu'il y a pas de contradiction à donner la priorité à des logiciels libres de qualité qui sont d'un coût moindre que ceux du marché des logiciels marchands souvent   onéreux. Cela ne veut pas dire qu'il faut exclure ces derniers dans la mesure où ils seront de qualité et  apporteront un différentiel par rapport aux logiciels libres. Tout est question d'équilibre. Il y a de la place   pour les deux types de produits . Jusqu'à présent,   les logiciels "chérement" payants étaient priorisés . On change la donne, ce qui est un progrés notamment pour la recherche libre et ouverte et va encourager les créateurs.  Le seul critère a retenir: le logiciel qu'il soit libre, gratuit, payant ou autre est-il adapté à l'objectif pédagogique fixé? 

    Evolution à encourager et à  suivre de près.

    Le ministère de l'éducation nationale a un travail urgent  à faire: recenser, référencer et mettre à disposition des équipes pédagogiques le listing des logiciels existants dans une banque de données nationales facilement accessible.Et former

    L' ECOLE PRIMAIRE 

    La priorité est donnée à l'école primaire et aux dotations de postes sur les 60 000 emplois qui seront créés. Il faudra suivre de près les attributions.

    Refondation de l'Ecole: quel avenir?Comme je l'ai dit à de nombreuses reprises, le décret sur les rythmes a porté un coup fatal à ce qui aurait pu être un vrai changement. Il a cassé les possibilités de concertation sur le terrain en donnant aux collectivités locales le vrai pouvoir de tout décider (Sauf quand la collectivité locale joue le jeu de permettre de construire de véritables projets avec les partenaires). On voit ce qui s’est passé à Paris mais aussi dans des villes plus petites. Effectivement, on assiste la plupart du temps à une opération de "comblage de trous" à la va vite qui n'apportera en effet souvent que de la garderie. Cela aurait pu être l'occasion par exemple de faire des projets qui prenaient en compte une éducation culturelle des enfants dans le cadre de projets globaux éducatifs cohérents.  De plus ce décret qui institue un carcan, risque de mettre hors la loi des écoles qui construisaient un projet depuis des années et va leur interdire d'avancer.

    Je suis tout à fait heureux que dans le département du Nord par exemple, on ne se soit pas précipité: 84% des communes du Nord (comme à Lille et Dunkerque) et plus de 88% de celles du Pas-de-Calais ont choisi de prendre le temps.  On ne peut que s'en réjouir et affirmer que cela va dans le sens de vraiment vouloir travailler, tout au moins je l'espère, les projets en partenariat (Au niveau national, 18,6 % des communes, 22,5% des écoles, et 22,3 % des élèves auront une nouvelle organisation de la semaine scolaire.)

    D'ici la rentrée 2014,  il faut donc que les équipes pédagogiques et les conseils d'école prennent les moyens de faire que la concertation vraiment partenariale ait lieu sur des bases solides d'une vraie information sur les rythmes pour que des choix d'organisation et de contenu soient faits véritablement dans l'intérêt de l'enfant et pas ceux des adultes.  Pour cela, il faut être déterminé à résister au découragement aisément compréhensible. Il faut que les enseignants, les parents et les collectivités locales travaillent ensemble pour trouver des solutions sensées et réfléchies et pas "le n'importe quoi" de certaines organisations qui seront mises en place à la va vite ou/et de manière opportuniste  à la prochaine rentrée scolaire. C'est la seule possiblité qu'il reste pour qu'il y ait un vrai changement. Il faut aussi s'appuyer sur les possibilités de dérogations.

    (Voir mes articles  http://quaiducitoyen.eklablog.fr/reforme-des-rythmes-le-nouveau-decret-va-bloquer-la-refondation-a67630185 et http://quaiducitoyen.eklablog.fr/rythmes-scolaires-le-decret-d-avortement-de-la-refondation-de-l-ecole-a72923305)

    LES PROJETS EDUCATIFS  DE TERRITOIRE

    Je cite les intentions de la loi: "Il s’agit de favoriser une plus grande continuité éducative entre les projets des écoleset les activités proposées aux élèves en dehors du temps scolaire, afin d’offrir à chaque enfant un parcours éducatif cohérent et de qualité. Ces projets formalisent ainsi l’engagement des différents partenaires de tirer parti de toutes les ressources existantes et de se coordonner pour organiser des activités périscolaires diversifiées et permettre ainsi aux enfants de se découvrir des compétences et des centres d’intérêt nouveaux. Le plaisir d’apprendre et d’être à l’école s’en trouvera renforcé.Les PEDT constituent donc un outil essentiel pour mettre en œuvre la réforme des rythmes scolaires et en faire un véritable moyen d’enrichir la scolarité des élèves"

    Refondation de l'Ecole: quel avenir, partie 1?D'accord sur les intentions mais tout cela ne sera que discours, là où comme dans certaines communes, on a fait de l'organisation de la semaine scolaire un enjeu électoral pour 2014 ou qu'on n' aura pas associé  les enseignants et les parents pour permettre de faire de vrais projets concertés ne serait ce que sur une commune.  

    Alors sur tout un territoire! ??

    Il n'y a pas d'obligation : pourquoi?

    C'est tout le travers et la perversité du décret de janvier 2013 qui va saper (et sape déjà) dans nombre d'endroits le dynamisme et la confiance en ne plaçant pas tous les partenaires sur le même plan d'égalité notamment au niveau de la décision sur l'organisation de la semaine scolaire. Ce décret est un décret qui a favorisé l'électoralisme en privilégiant la décision unilatérale possible de la collectivité locale  et permis de faire une organisation de la semaine scolaire dans l'intérêt des adultes. ( choix du mercredi prioritaire au lieu du samedi qui est devenu dérogatoire, carcan des demi-journées...)  

    IL FAUT UTILISER LES POSSIBILITES DE DEROGATIONS

    Je pense en effet qu'il faut continuer de se battre pour dénoncer la non concertation et refuser que se mettent en place dans les écoles  les "garderies". Du grand n'importe quoi! Le seul moyen est d'agir en conseil d'école en refusant tout ce qui va dans ce sens et en essayant de proposer des projets cohérents en prenant le temps de le faire jusque 2014 et en faisant jouer les possibilités de DEROGATIONS. 

    Ce sera , hélas, la seule solution pour avancer et combattre la perversité du décret sur les rythmes.  

    LA REVALORISATION DE LA FONCTION DE PROFESSEUR D’ECOLE : UNE PLAISANTERIE !

                                                                                               (auteur, Christopher Smart, 1771, Domaine public)

    Refondation de l'Ecole: quel avenir?Alors qu’il fallait dans le même temps remotiver les « troupes », monsieur Peillon fait une nouvelle erreur :  proposer une prime aux enseignants du premier degré comme si une prime pouvait être une revalorisation de la fonction ! (Le montant devrait-être "très faible" et se situer aux alentours   de 100 à 200 euros annuels.) Revaloriser la fonction ce n’est pas cela. C’est même méprisant pour les intéressés.

    J’ai déjà donné mon avis sur le sujet sur la non considération qu'a toujours eu l'état de ces personnels dans l’article http://quaiducitoyen.eklablog.fr/rythmes-a-l-ecole-il-faut-abroger-les-decrets-darcos-et-peillon-a67701441 :

    IL FAUT VRAIMENT REVALORISER LA FONCTION D’INSTITUTEUR ET DE PROFESSEUR D’ECOLE. « Il est plus que temps de redonner confiance à ce personnel qui accomplit injustement le plus grand nombre d’heures de service de la catégorie des professeurs avec des charges de travail importantes. Il n’y a par exemple aucune justification à ce qu’ils fassent 27 heures  alors que leurs collègues profs de collège et de lycée en font 18 ou 20 ». Ils sont de plus payés moins que les professeurs du second degré.  Les enseignants du primaire en France sont parmi les plus mal payés d’Europe et les plus mal payés des enseignants européens.

     Il faut  aussi  donner aux enseignants du premier degré  les moyens humains, la formation et  les temps de concertation nécessaires pour changer leurs pratiques de prise en charge des enfants durant le temps éducatif scolaire.

    Refondation de l'Ecole: quel avenir?L’idée de mettre   « plus de maîtres que de classes », reprise par Vincent Peillon, est une des solutions qui fera avancer les pratiques.     C’est une excellente chose et on ne peut qu’être d’accord avec un dispositif qui pourrait permettre d’une part de mettre en place  la prise en charge des difficultés des élèves et donner d'autre-part une impulsion pour les équipes pédagogiques et donc donner l’élan à des avancées pédagogiques.  Mais concrètement  combien seront-ils dans chaque département ? La loi de programmation qui attribue 7000 postes sur 5 ans au « plus de maîtres que de classes » (soit une moyenne de 1400 postes par an) se traduirait sur le terrain par la création d'environ 760 postes à la rentrée prochaine. Pourquoi ? 

    Il faut aussi dissocier ce dispositif de l'abaissement des effectifs nécessaires  dans certaines classes notamment dans les zones dites prioritaires.

    Refondation de l'Ecole: quel avenir?N’y aura-t-il pas confusion et mélange avec le personnel actuel des RASED (Réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté)  dont les missions sont différentes ?  Ou alors monsieur Peillon fait comme monsieur Darcos : il confond difficultés ponctuelles avec grande difficulté ? Il est  réaffirmé LA NON DISPARITION  DES  RASED : «  Les spécificités des missions et du fonctionnement des RASED seront réexaminées et s’intégreront dans une logique de complémentarité avec l’ensemble des dispositifs d’aide ». Très bien mais il s’agira aussi d’être vigilant sur cette complémentarité pour ne pas qu'elle fasse dévier l'utilisation des personnels RASED vers la fonction de maître supplémentaire. Ce n'est pas la même chose. La « grande difficulté » doit se traiter durant le temps  scolaire avec les RASED et ses  équipes d’enseignants spécialisés. Ils ont été formés pour ce faire.

    La loi est en effet  plus que vague. Il ne faudra pas accepter n'importe quoi car il y a du retard à combler en ce domaine. Les équipes des RASED auront à être confortées très rapidement par des moyens humains. François Hollande avait promis le rétablissement des postes du Rased (environ 5000 suppressions entre 2008 et 2012) et c’est, parait-il, seulement 72 postes qui seront créés à la rentrée 2013 !  Broutille ! Va-t-on continuer  à laisser sur le bord du chemin les enfants en grande difficulté ?

    Quand on parle de revalorisation c’est aussi dans les conditions d’exercices du métier :

    Refondation de l'Ecole: quel avenir?Pourquoi , avec le décret sur les rythmes , a-t-on conservé les deux heures après le temps de classe pour du soutien et qui, comme sous la semaine de 4 jours, concernera les élèves qui ont eu des difficultés ? Où est l’allégement du temps de travail pour les dits élèves ? Pourquoi avoir voulu conserver cette anomalie d'heures supplémentaires pour les élèves? Ce n'est pas sérieux.

    Le traitement de la difficulté des élèves doit se faire durant le temps de classe!

    Ces heures auraient pu être utilement consacrées à la concertation des équipes pédagogiques et redonner les moyens de construire des projets pédagogiques pour une vraie prise en charge adaptée de tous les élèves . C'eut été censé et logique de la part du ministère que de commencer par là   pour revaloriser la fonction de professeur d'école. Mais certains penseurs du ministère ne sont pas sur le terrain... Ils gèrent...à la calculette et ne veulent pas de l'égalité de statut du professeur du premier degré avec celui du second degré. 

    C’est pourtant aussi par tout cela et une profonde remise en question du service des personnels du premier degré   que passe la refondation et si on veut avoir des exigences de mobilisation du personnel , des résultats et de la réussite.  

    Pour ce qui concerne l’école maternelle, le ministre a raison de faire revenir celle-ci à ses missions premières qui ne sont pas celles de l’école élémentaire. Les actes montreront si ce sont ou non des discours avec du sens et notamment dans la réduction des effectifs par classe et les possibilités d'accueil des enfnats de 3ans.

     

     A suivre... car d'autres points sont à examiner.

     

    Patrick PATTE 

    « La refondation de l’Ecole est en danger d’asphyxie.Refondation de l’Ecole : quel avenir ? (2) »

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