• LES ELEVES ET LES ENSEIGNANTS NE SONT PAS DES PIONS

    Je ne pensais pas reprendre si rapidement  mes articles sur la politique éducative de la France...

    Mais l'actualité oblige et c'est pourtant juste avant que notre nouveau Président soit installé dans ses fonctions...

    De l’examen des propositions du programme d’Emmanuel Macron avant le premier tour des présidentielles je faisais la part des choses entre ce que j’estimais positif et négatif pour l’École et je concluais en disant :

    « Ce programme pour l’école n’est pas le reflet d’un vrai projet cohérent pour l’école pour laquelle aucun moyen supplémentaire véritable n’est attribué si ce n’est à la marge. Il me fait l’effet d’une accumulation de mesurettes qui ne pourront pas améliorer sensiblement la prise en charge des élèves pour une meilleure réussite de chacun. »

    Les premières décisions qui viennent d’être annoncées pour la prochaine rentrée scolaire confirme cette conclusion et montre que le nouveau Président, dans sa course à vouloir montrer qu’il agit, ne tient pas compte du terrain, des enfants, des parents, des enseignants et des collectivités locales et du travail qui y est menée.

    LES ELEVES ET LES ENSEIGNANTS NE SONT PAS DES PIONS

     

     

     

    DÉSHABILLER FRANÇOIS POUR HABILLER EMMANUEL

    Ceci dit pour moderniser la vieille formule déshabiller Paul pour habiller Jacques. 

    Faut être dans le vent!  LOL! 

    En 2013, une circulaire met en place une bonne mesure qui doit permettre concrètement de mieux prendre en charge les élèves : « Plus de maîtres que de classes »

    La circulaire (http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=66628)

    indique entre autres : « La mise en place de dispositifs « plus de maîtres que de classes » est une dimension importante de la priorité donnée, dans le cadre de la refondation de l'école, à l'école primaire et à la maîtrise des compétences de base. Des moyens en enseignants seront mobilisés à cette fin dès la rentrée 2013 et tout au long de la législature.

    Ce dispositif nouveau repose sur l'affectation dans une école d'un maître supplémentaire. Cette dotation doit permettre la mise en place de nouvelles organisations pédagogiques, en priorité au sein même de la classe.

    Il s'agit, grâce à des situations pédagogiques diverses et adaptées, de mieux répondre aux difficultés rencontrées par les élèves et de les aider à effectuer leurs apprentissages fondamentaux, indispensables à une scolarité réussie. Le dispositif ne se substitue pas aux aides spécialisées, qui gardent toute leur pertinence pour les élèves en grande difficulté. » (Par exemple les RASED)

    Ce qui a été fait

    Depuis 2013, le ministère a régulièrement augmenté le nombre de postes pour ce dispositif :

    • 2014 : 1849 emplois de maitre surnuméraire (maitre +),
    • 2015 : 2352 postes
    • rentrée 2016 : 3196
    • à la rentrée 2017 on pourrait être à 5 161 postes avec l’annonce de la généralisation du dispositif.

    Les 7 000 postes promis ne seront donc pas atteints à la fin du quinquennat mais le dispositif a permis de mettre en place dans nombre d’écoles d’autres manières de travailler entre les enseignants, avec des projets pédagogiques bénéfiques pour les élèves qu’il reste bien sûr à évaluer quand on sera à la généralisation complète du dispositif à toutes les écoles de l’éducation prioritaire.

    Il y aura donc encore des efforts à faire au niveau des effectifs de maîtres.

    Ce véritable pas vers la transformation de l’école est positif, il faut le reconnaître, dans la mesure où, dans les faits, il permet un meilleur travail collectif des enseignants et une action convergente du fait des regards pluriels envers l’élève.

    Tout cela doit bien sûr être conforté par un effort de formation continue et un dégagement de temps pour améliorer la concertation entre les enseignants. Ce dispositif permet de sortir de l’exercice solitaire du métier ce qui est essentiel pour rénover les pratiques dans l'École et avancer.

    Ce qui est annoncé par Emmanuel Macron pour la rentrée 2017

    12 élèves en CP et CE1 dans les réseaux prioritaires (REP) et prioritaires renforcées (REP+) pour une partie d’entre eux.

    Cela se fera en redéployant les maîtres affectés au dispositif "Plus de maîtres que de classes ».soit un peu plus de 5000 postes.
    Le reste des CP et les CE1 des réseaux prioritaires suivraient à la rentrée 2018, grâce à 7.000 autres postes : 5.000 créés (les seuls prévus pour le quinquennat dans l'Education) et 2.000 redéployés à partir des 60.000 postes créés sous Hollande.

    En bref pas grand-chose au niveau des moyens pour une soi-disant  grande ambition du nouveau Président.
    Et quid des autres élèves notamment ceux de maternelle qui auraient bien besoin justement d’une extension du dispositif « plus de maîtres que de classes »?

    J’appelle cela donc déshabiller François pour habiller Emmanuel , lequel veut sans doute montrer tout de suite qu’il agit pour l’École dès la prochaine rentrée scolaire quitte à faire n’importe quoi, n'importe comment.

    LES ELEVES ET LES ENSEIGNANTS NE SONT PAS DES PIONS

    (d'après image auteur SCAPIN, CC0 domaine public)

    AMATEURISME OU TECHNOCRATIE?

    De fait, on va, sans concertation et sans même avoir demandé une évaluation de ce qui a été fait depuis 3 ans, casser un dispositif au profit d’un autre qui ne sera pas forcément plus efficace.

    En effet, ce n’est pas seulement le nombre qui compte dans une classe pour intervenir sur des élèves c’est aussi la connaissance croisée qu’on peut avoir de l’élève qui, avec le maître supplémentaire permet un regard multiple et peut permettre d’agir avec une efficacité plus fine et décuplée. Remettre un maître dans une classe même avec effectif réduit revient à remettre l’enseignant dans son isolement face à ses élèves ce qui est donc un retour en arrière.

    Le fait de vouloir à tout prix paraître entrer en action dès septembre pour changer l’école n’excuse pas la légèreté avec laquelle on va détruire le travail effectué depuis des années par nombre d’enseignants dans les classes ceci sans avoir même pris la peine de leur demander leur avis ou les avoir concertés.

    J’ai bien l’impression qu’Emmanuel Macron a une équipe éducation qui n’est pas au fait des réalités du terrain, qui ne sait pas ce qu’est une école ou une classe et des élèves et qui, en tout cas, veut faire appliquer, à la vite et sans consulter le terrain, des mesures qui ne sont pas le reflet d’un projet éducatif cohérent pour aboutir à l’objectif énoncé. J'y reviendrai. Il y a en effet de nombreux manques même si des intentions sont louables.

    Sont ce des amateurs ou des technocrates qui n’ont pas travaillé leur sujet ? Les deux peut-être vu la manière de procéder et le manque de réflexion sur l’application de la mesure annoncée.

    Pour les locaux, deux cents millions vont être attribués pour aménager de nouvelles classes... comme si seul l’argent pouvait résoudre tous les problèmes pratiques de dédoublement des classes à la rentrée 2017.

    Cela me rappelle la manière dont a été mis en place la réforme des rythmes dit scolaires par Vincent Peillon sans véritable concertation véritable et sans écouter les professionnels, sous la forme d’un décret qui n’avait d’ailleurs pas recueilli l’aval des partenaires  nationaux : (5 votes favorables sur 72 lors de la réunion du Conseil Supérieur de l’Education Nationale  du 8 janvier 2013).  Le ministre a méprisé les avis et a de plus agi par pur électoralisme. (http://quaiducitoyen.eklablog.fr/reforme-des-rythmes-le-nouveau-decret-va-bloquer-la-refondation-a67630185)

    Ici ce ne sera pas un décret mais un avenant à la circulaire de rentrée. Pas mieux et même pire puisqu’on prendra mais pas le temps de faire semblant de consulter ceux qui devraient l’être.

    Sans doute une manière « moderne » de gouverner.

    LES ELEVES ET LES ENSEIGNANTS NE SONT PAS DES PIONS

    ( Saint Remi de Provence, CC0 domaine public)

    POUR CONCLURE TRÈS TRÈS PROVISOIREMENT

    On a vu la perte de temps et les troubles qu’a occasionné la réforme des rythmes appelés improprement « scolaires » qui n’en a rien amélioré ce qui se faisait en classe et à tout juste permis de créer des activités périscolaires là où il n’y en avait pas ce qui n’est d’ailleurs pas du rôle de l’éducation nationale.

    A aucun moment le véritable sujet du rythme des enfants et des jeunes n’a été à l’ordre du jour sinon on aurait pris le temps d’une vraie réflexion pour aller plus loin.

    On voit aussi ce qu’en fait Emmanuel Macron de cette réforme, ceci dit aussi sans se soucier des incidences : Chaque commune fera ce qu’elle voudra.

    Et vogue la galère...

    Tout ça pour arriver à ça...

    Même pas deux mois avant la fin de l’année scolaire, on va chambouler sans vergogne les organisations des écoles concernées de REP sans demander l’avis de quiconque ni se préoccuper de tout le travail effectué par les équipes pédagogiques. Monsieur Macron ne le sait peut-être pas, mais dans une école il y a des projets en route qui se poursuivent d’une année sur l’autre. Les élèves ne sont pas des objets d'expériences...en fonction des lubies des politiques.

    C’est un manque de respect pour celles et ceux qui travaillent et les élèves dont ils ont la charge.

    Le quinquennat commence mal pour l’Éducation.

    Mais je vais y revenir... comme sous la précédente législature qui avait, elle aussi commencé sous le signe des bonnes intentions...pour refonder l’Ecole.

     

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