• RYTHMES « SCOLAIRES » : DES PISTES POUR AVANCER – 2-

    Je le disais précédemment, la réforme des « rythmes » n’en est pas une car on l’a axé sur le « scolaire » comme si seule l’école était au centre du dispositif. La seule dénomination de « rythmes scolaires » est déjà une première erreur et montre à l’évidence que ceux qui ont propulsé la « non réforme en cours » n’ont pas la vision de ce que sont les rythmes des enfants et des jeunes. On s’est préoccupé plus des cadres horaires que des contenus et des liaisons qu’il devait y avoir avec l’école. Quant à ce qui concerne les rythmes à l’école, ...rien de fondamental n’a changé.

    RYTHMES « SCOLAIRES » : DES PISTES POUR AVANCER – 2-

    (auteur Greudin, domaine public)

    Comme le dit justement Claire Leconte *chrono biologiste et professeure de psychologie à Lille III :

    « Réformer les rythmes scolaires” ne peut s’appuyer sur une seule recommandation à savoir « alléger la journée scolaire des enfants », tant on sait qu’on peut fatiguer davantage un enfant en 5 heures mal gérées, qu’en 6 heures parfaitement bien organisées. » (Extrait de son interview sur Inforum, blog d'info de Lille III qu'on peut retrouver ici http://inforum.univ-lille3.fr/2014/09/entretien-avec-claire-leconte-il-faut-considerer-tous-les-temps-de-vie-des-enfants-a-egale-importance/  qui apporte des éclairages très intéressants sur le sujet que notre nouvelle ministre ferait bien de prendre en compte dans sa réflexion)

     Que faut-il faire ? Suivent ici un certain nombre d’actions/propositions à mettre en œuvre de suite et de manière simultanée pour qu’elles soient en cohérence et sur lesquelles je reviendrai dans le détail. 

    Certaines paraitront abruptes, d’autres remettent en cause ce qui a été fait jusqu’à présent. Elles se discutent bien sûr. Le soucis est d’essayer quand même d’avancer en revenant sur les erreurs et les égoïsmes des adultes sans créer de pagaille supplémentaire tout en démultipliant les efforts faits dans les bonnes directions pour en revenir à l’essentiel : une vraie refondation de l’Ecole.

    La Refondation de l'Ecole est d’abord une affaire de détermination et de changement en profondeur pour les enfants et les jeunes et cela a été oublié sur nombre de points.

    ABROGER LE DECRET PEILLON HAMON POUR LA PROCHAINE RENTREE SCOLAIRE

    RYTHMES « SCOLAIRES » : DES PISTES POUR AVANCER – 2- Ce serait un signal fort pour lancer une nouvelle dynamique.

    Si le gouvernement ne s’était pas précipité pour sortir un décret inadapté qui a institué un carcan irréaliste et avait pris le temps de véritablement informer et impulser la motivation et une dynamique de projets, nul doute qu’on serait arrivé à d’autres résultats que ceux lamentables actuels dont j’ai déjà abondamment parlé dans mes précédents écrits et sur lesquels je ne reviens pas.

    Il faut donc maintenant proposer et agir pour éviter de s’enfoncer dans un système qui n’apporte pas tout ce qu’il devrait aux enfants en améliorations ni à l’école ni dans leur vie.

    Il y a, à mon sens mais sans prétendre avoir toute la vérité, nombre de remises en cause ou de directions à prendre, d’actions urgentes à mettre en place.

    Si la nouvelle ministre de l’éducation nationale a la capacité d’écouter toutes celles et ceux qui ont le bon sens de la connaissance du terrain et ils sont nombreux, alors on pourra s’en sortir.

    Encore fait-il avoir le courage d’infléchir la politique menée, remettre en cause les aberrations produites par le décret Peillon /Hamon et mettre les moyens opérationnels d’une vraie information, d’une vraie réflexion et d’une vraie dynamique.

    Le décret PEILLON/HAMON doit donc être abrogé . Rien que son appellation « rythmes scolaires » est un erreur significative de la non connaissance de ce qu’est la vie d’un enfant et d’un jeune.

    La focalisation sur ce thème a été intense y compris en faisant oublier le reste alors ce n’est qu’un des aspects de la Refondation.

    Si on arrive à proposer  la diminution du nombre d’heures de cours dans la journée, cela est un peu court. On ne va pas assez loin dans la différenciation de l’attention et  la capacité d’apprendre des élèves selon leur âge et les moments de la journée comme si tout un pan des études sur les rythmes de vie de l’enfant et des jeunes était oublié. Il est vrai que cela est complexe mais c’est incontournable. Mais c’est autre chose que de vouloir créer des organisations horaires hebdomadaires vides de contenus bien pensés.

    Bien sûr, l’abrogation du décret PEILLON/HAMON doit s’assortir immédiatement de directives ouvertes, d'un plan et d’un calendrier de mise en œuvre qui prennent en compte les situations actuelles dans lesquelles se retrouvent les écoles, les enfants, les parents et les collectivités locales et permettent une transition dans le temps par rapport aux situations actuelles pour réfléchir mettre en place des projets dans d'intérêt des élèves.

    Le plus important est de redémarrer sur des bases saines avec des objectifs clairs qui puissent motiver les personnels, les parents et les responsables des collectivités locales et surtout au delà de tout clientélisme ou électoralisme qui ont en grande partie présidé à la rédaction du décret Peillon.

    REDIGER UN NOUVEAU DECRET POUR PERMETTRE UNE TRANSITION

    Il doit être élaboré pour être appliqué à la rentrée scolaire prochaine. Il ne sera pas un carcan pour les écoles et les équipes pédagogiques mais doit au contraire obliger à l’information, déterminer de manière concrète les étapes et les conditions de la mise en place de projets locaux qui s’appuient sur la réalité des situations multiples auxquelles sont confrontées les enfants.

    Il doit donner les directives nécessaires pour construire et  reconstruire.

    UN PLAN CONCRET D’ACTIONS SIGNIFICATIVES ET UN CALENDRIER OBJECTIF SONT DONC A METTRE EN PLACE ET A ANNONCER

    Dans mon précédent article, j’ai fait un sort à ce que j’ai appelé la technocratie dans son sens le plus nuisible du terme et qui a abouti à la situation que l’on connaît à propos des rythmes dits scolaires.

    Je disais qu’il fallait relancer la dynamique qui est le seul moyen d’avancer et ne pas continuer de s’enliser dans une fausse réforme qui n’apportera aucun fruit majeur de progrès pour les enfants notamment dans leur scolarité et sur le plan de leurs équilibres de vie.

    Pour l’instant, il est sûr que la rentrée s’étant faite sur les bases actuelles, il reste à laisser courir l’année scolaire telle qu’elle a été mise en place mais il faut absolument, dès maintenant, lancer une autre voie pour éviter l’échec définitif : celui de la prise en charge des élèves dans un cadre obsolète, étriqué et qui ne permettra pas les progrès ni dans le domaine des temps de vie de l’enfant ni dans la prise en charge des apprentissages à l’école.

    Il faut donc mettre en place un nouveau calendrier sur le court, moyen et long terme car la refondation ce ne sont pas que les rythmes dit scolaires.

    C’est aussi tout le reste qu’il faut remettre en premier plan de l’action.

    REAFFIRMER LES RESPONSABILITES DES ACTEURS DE L’EDUCATION DE L’ENFANT ET DU JEUNE

    C’est incontournable et à faire immédiatement.

    Il faut en effet d’abord remettre à chacun sa part de responsabilité dans la prise en charge des enfants et faire cesser notamment pour les parents cet état d’esprit qui fait qu’on peut déléguer à l’école, au centre aéré ou à toute autre structure sa responsabilité éducative.

    C’est la coéducation qui doit exister et non l’éducation déléguée.

    RYTHMES « SCOLAIRES » : DES PISTES POUR AVANCER – 2-

    INFORMER ET CREER PARTOUT UNE DYNAMIQUE DE PROJETS

    Il faut rappeler que le projet initial était bien de refonder l’école et les objectifs initiaux étaient tout à fait crédibles et dignes de se mobiliser pour les mettre en oeuvre.

    Pour cette année scolaire, dès à présent, il faut lancer une vraie campagne d’information nationale publique sur les rythmes de vie de l’enfant, la désynchronisation du week-end, les rythmes trimestriels et annuels en utilisant tous les moyens nécessaires auprès des parents dans les écoles, à l’extérieur de l’école...et dans tous les lieux possibles susceptibles de toucher les parents. Les médias nationaux, régionaux et locaux devraient être associés : chaînes de télévisions et de radios, internet, réseaux sociaux, magazines, quotidiens.... Cette campagne doit être gérée et organisée sous la responsabilité de l'éducation nationale avec le concours de tous les partenaires.

    Cela permettra aussi de justifier une mesure essentielle pour la prochaine rentrée scolaire : revenir à une semaine scolaire sur 5 journées dont le samedi, le mercredi pouvant rester dérogatoire sous des conditions à bien encadrer dans l’intérêt des élèves.

    A partir de là on pourra sérieusement envisager des projets inter partenariaux véritables dont les conditions d’élaboration sont à fixer clairement pour qu’aucun partenaire ne soit laissé pour compte comme cela a été souvent fait jusqu’à présent.

    Du simple bon sens finalement.
    C’est plus compliqué mais plus juste et enrichissant que de faire des consultations auprès de parents qui n’ont pas les éléments nécessaires pour avoir un avis éclairé et qui ne sont faites que pour justifier des décisions qui sont déjà prises souvent unilatéralement.

    ANNONCER UN VRAI TRAIN DE MESURES IMMEDIATES POUR AMELIORER LES CONDITIONS D’ENCADREMENT DES ELEVES À L’ECOLE.

    Même s’il y a des mesures positives qui sont prises, elles ne sont pas visibles dans leur cohérence auprès de la population et manquent souvent de moyens.

    La disparition de 80 000 postes sous l’ère Sarkozy a fait des dégâts qu’il faut réparer et on peut comprendre que ce n’est pas facile.

    Néanmoins cela n’excuse pas un certain nombre de carences actuelles que j’ai déjà citées  récemment qu’il faut rectifier ou dont il faut accélérer la mise en place en y mettant les moyens financiers et opérationnels :

    - La formation initialest certes lancée mais elle est bancale dans sa manière d’être mise en place sans une véritable professionnalisation. Les professeurs stagiaires ont un semblant de tutorat mais en réalité sont lâchés, sans formation préalable suffisante, devant les élèves qui en subiront les conséquences.

    - Les remplacements : c’est la pénurie. Pour la France, 659.293 journées d'absence d'enseignants du premier degré n'auraient pas été remplacées pendant l'année 2012-2013 (source le « Parisien », données de la Direction générale de l'enseignement scolaire)...

    Cela serait mieux pour 2014/2015 mais il est avoué que l’on prend souvent sur les postes de remplaçants pour occuper des postes à temps complet... 

    RYTHMES « SCOLAIRES » : DES PISTES POUR AVANCER – 2- - La prise en charge des élèves en grande difficulté, les moyens n’ont pas changé ou presque et plutôt que d’aider les personnels spécialisés des RASED, en créant de nouveaux postes, on veut que se mette en place ici et là le saupoudrage des interventions pour faire croire qu’on s’occupe de tous les élèves alors que dans les faits les moyens sont notoirement insuffisant. Les échos des récentes réunions académiques sur le sujet montrent qu’on s’éloigne des textes en vigueur au profit de la mise en place d’un système de travail qui gère les carences en moyens.

    - Les moyens de la prise en charge des élèves dans le cadre de pédagogies rénovées et diversifiées et pour que ça change dans les écoles : donner du temps pour la concertation, mettre en place une véritable formation continue des professeurs d’école qui n’est actuellement pas satisfaisante et qui se fait au rabais, mettre les moyens pour que le maître supplémentaire dans les écoles soit effectif, donner du temps pour la concertation entre les enseignants pour traiter les problèmes en équipe pédagogique

    -Revaloriser vraiment matériellement la fonction de professeurs des écoles qui ne sont même pas au niveau salarial de ceux du second degré pour un service plus important en nombre d’heures et de travail, redéfinir le service horaire, les missions...

    - Former les Assistant de Vie (AVS)

    ACCELERER LA REFONTE DES PROGRAMMES,

    Il s’agit ici des matières obligatoires des programmes, les objectifs que l’on se fixe et la cohérence de ces programmes, des acquis de la maternelle à la terminale. On me rétorquera que c’est en cours. Je répondrai que les lourdeurs de constitution et la composition obsolète de la haute instance n’a pas à l’évidence depuis deux ans permis de rendre des conclusions et des contenus concrets qui étaient urgents car la refonte des programmes est la première clé de la Refondation et des rythmes.

    Ensuite et seulement ensuite, on pourra choisir le nombre d’heures annuelles de travail des élèves en fonction de leur âge et des acquis nécessaires. et déterminer les rythmes annuels, trimestriels et hebdomadaires des « repos » des élèves.

    N’oublions pas non plus que la Refondation concerne tous les élèves de la maternelle au lycée et qu’il faut s’y attaquer dans le cadre d’un ensemble cohérent.

    Les jeunes des collèges et des lycées doivent aussi, par exemple, bénéficier d’une évolution de leurs rythmes pour notamment une meilleure scolarité. La prise en charge pédagogie doit elle aussi grandement évoluer.

     Sur tous ces points je reviendrai et notamment pour tenir compte des situations actuelles des écoles dont certaines sont enlisées dans l’ornière créée par le décret PEILLON et dont il faudra bien sortir.

    Sinon, la refondation sera bancale et nous aurons raté l’occasion de faire une vraie réforme de notre système éducatif qui puisse donner à nos enfants et petits enfants les meilleures chances de faire face à leur avenir.

     

    RYTHMES « SCOLAIRES » : DES PISTES POUR AVANCER – 2-

    (Edouard Manet, l'homme aux béquilles, domaine public)

     

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