• RAZ DE MARÉE À L’ASSEMBLÉE: LA DÉMOCRATIE EN MARCHE ARRIÈRE - 3 sur 3

    La vague d’abstention de ce premier tour des législatives est certainement plus forte en intensité durable que le raz de marée des députés de la « République En Marche » en cela qu’elle prend ses forces, comme la « vague scélérate* » océanique, de la propagation de vagues d’abstentions allant dans des directions différentes. Il faut s’en méfier car elle atteint tout comme elle une hauteur exceptionnelle dont l’énergie, à terme, pourrait bien prendre de travers le bateau de la république ou porter celui-ci par sa partie centrale dans le vide et le casser en deux si le capitaine ne réagit pas vite...à la hauteur du phénomène.

    RAZ DE MAREE  À L’ASSEMBLEE: LA DEMOCRATIE EN MARCHE ARRIERE - 3 sur 3

    (vague Estampe japonaise, extraite des trente-six vues du Fuji de Katsushika Hokusai.

    D'après Hokusai(1760-1849) — Travail personnel, domaine public)

    Pourtant les différents capitaines de notre république ne peuvent dire qu’ils n’ont pas vu le phénomène s’amplifier au fil des ans. Ils ont pris le risque qu’un jour, à force d’accumulations de rancœurs, de refoulements ou de non prises en considération répétés , la vague des citoyens mécontents ne vienne à l’improviste frapper à la porte de la république d’une toute autre manière que celle du jeu démocratique perverti actuel.

    LE SYSTÈME DE SCRUTIN A AFFAIBLI PEU À PEU LA DÉMOCRATIE

    Et cela dure depuis que Jacques Chirac a fait passer à 5 ans, en 2002, la durée du mandat présidentiel qui a alors coïncidé avec l’élection des députés pour 5 ans la même année, un mois après la présidentielle.

    En effet comme l’explique très bien Wikipédia : « La loi organique du 15 mai 2001 fixe au 3e mardi du mois de juin la fin des pouvoirs de l'Assemblée nationale, cinq ans après son élection. Cette loi a allongé le mandat de la XIe législature afin que les élections législatives aient lieu après l'élection présidentielle. Comme le mandat présidentiel a également été fixé à cinq ans en 2000, les élections législatives ont lieu tous les cinq ans quelques semaines après l'élection présidentielle. Ce changement de calendrier a été conçu pour permettre au président nouvellement élu de disposer d'une majorité à l'Assemblée nationale et éviter une cohabitation. ».

    Faut-il donc ajouter la lassitude ou la fatigue de devoir encore subir une rallonge de « campagne » qui, il faut bien le dire n’a pas été au TOP niveau pour les présidentielles avec la prédominance des affaires sur le vrai débat d’idées ?   C’est probablement aussi une des causes de l’abstention.

    A force de vouloir à tout prix le pouvoir absolu c’est à dire pouvoirs exécutif et parlementaire entre les mêmes mains, les gouvernants de droite et du PS (et leurs alliés) ont détraqué le système. Le paradoxe est que de la volonté initiale de supprimer le « régime des partis », la Ve République a renforcé, législature après législature, un système partisan fondé sur les grands groupes parlementaires. Ainsi, et même si la décision appartient au seul chef de l'État, tous les premiers ministres sont nommés en fonction de la majorité qui se dégage à l'Assemblée nationale à l'issue des élections législatives.

    Depuis 2002 on constate que cela apporté un coup à la participation et à la démocratie.

    En 1988, la participation était de 65,7% puis 68,9 % en 1993, 67,9% en 1997. L’élection législative était bien dissociée de l’élection présidentielle.

    A partir de 2002, l’élection législative suivant la présidentielle, la chute a commencé avec 64,4% de participation puis, en 2007, 60,4% et en 2012 on en est à 57,2%.
    Tout a été fait pour arriver aujourd’hui au premier tout de l’élection législative de 2017 à une abstention de plus de 51%.

    Moins de la moitié des électeurs sont allés donc voter.

    Si Emmanuel MACRON veut redonner du « Peps » à la démocratie ce ne sont pas les mesurettes qu’il propose qui pourront le faire mais bien un changement radical du mode de scrutin.

    RAZ DE MAREE  À L’ASSEMBLEE: LA DEMOCRATIE EN MARCHE ARRIERE - 3 sur 3

    (auteur felipeblasco, CC0 domaine public)

    IL FAUT DONC MODIFIER LES MODES DE SCRUTIN
    Les solutions existent, Elles sont plus ou moins simples à mettre en œuvre. Mais à part François Mitterrand, aucun gouvernant n’a tenté de le faire.

    En premier lieu, il faut atténuer la démotivation.

    Pour cela une seule solution : Faire voter les Français pour la présidentielle et la législative au premier et au deuxième tour en même temps, le même jour.

    Cela aurait l’avantage de fixer les votes et donc de permettre une meilleure cohérence de l’expression démocratique de manière simultanée et pour la présidentielle et pour l’élection des députés.

    Cela aurait l’avantage d’une seule campagne pour les candidats à la présidentielle et pour les députés ce qui permettrait un gain de temps, des économies... et de moins démobiliser les électeurs.

    Si on veut aller plus loin pour que nous soyons vraiment mieux représentés à l’assemblée nationale, il suffirait de faire voter aux législatives à la proportionnelle de manière partielle ou intégrale... A discuter.

    Pour en revenir à l’histoire, le scrutin proportionnel était l'une des « 110 propositions pour la France » du candidat François Mitterrand lors des élections de 1981. Ce n’est que trois ans plus tard, à l’automne 1984 que la décision est prise de changer le mode de scrutin pour une proportionnelle intégrale pour les législatives de 1986. Mitterrand prend –il cette décision par conviction ou par opportunité ? Les avis sont partagés car en 1986, les pronostics font état d’une victoire de la droite. Pour Mitterrand, une dose de proportionnelle permettrait de limiter la majorité de la droite (RPR-UDF). Il complète la mesure par une hausse du nombre de députés qui passe de 491 à 577, le chiffre actuel. Effectivement la majorité qui sort des urnes donne une courte majorité de 3 sièges à la droite (291 députés la majorité étant de 288), la gauche perd le contrôle de l’assemblée mais le PS voit sa défaite atténuée. Toutefois, le Front national entre à l’assemblée avec 35 sièges. C’est alors la première cohabitation. Jacques Chirac devient Premier ministre. L'une de ses premières décisions est de supprimer la proportionnelle aux législatives en recourant à l'article 49.3 de la Constitution, lui permettant de faire adopter sa réforme électorale sans faire voter les parlementaires.

    Le nombre de 577 députés ne change pas. Deux ans plus tard, François Mitterrand dissout l’assemblée nationale et c’est le scrutin majoritaire qui s’applique.

    D’aucuns diront qu’à la proportionnelle on ne votera plus pour des députés connus localement mais pour une liste. Cela ne me semble pas un problème. Un député n’est pas un élu local.   On n’est pas député d’une circonscription pour « soigner » celle-ci  et son territoire et s’attacher ses électeurs, on est d’abord député de la France pour légiférer et contrôler l’action du gouvernement. Cela ne veut pas dire que le député ne doit pas connaître le terrain. Bien des possibilités lui sont offertes pour cette connaissance comme d’être simplement conseiller municipal ou même simple citoyen adhérent d’une association.

    On peut aussi mettre en valeur le « vote blanc » comme vote exprimé avec toutes les conséquences que cela comporte.

    Bien sûr, il serait aussi possible d’instaurer l’obligation du vote.

    Cela se discute : voter est un droit et un devoir.

    Doit on en arriver à l’obligation pour que le devoir soit fait ?

    Et puis, il faut aller plus loin sur le non cumul des mandats pour que le partage des responsabilités et le contrôle du pouvoir se fasse. Tout un programme qui n'est pas dans celui du président Macron.

    POUR CONCLURE..
    Tout ce qui précède montre bien qu’il y a des solutions à débattre pour rendre plus attractive l’exercice de la démocratie. Encore faut il s’y atteler ce que n’ont pas fait la majorité de nos responsables politiques au pouvoir depuis des décennies.

    Emmanuel Macron a promis de mettre la proportionnelle à l'élection de l'assemblée nationale et diminuer le nombre de députés et de sénateurs. Tiendra-t-il ses engagements jusqu’où et sous quelle forme ?

    Il faut tout mettre à plat pour redonner « l’envie aux électeurs » qui ne devraient pas se contenter de réformettes qui n’apporteraient que des illusions de démocratisation de la vie politique... sinon la démocratie continuera d'aller en marche arrière et à terme, le bateau risque de couler avec son équipage sous la violence des tempêtes qui pourraient venir des tréfonds de la lassitude citoyenne.


    A suivre...

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    (auteur Noupload, CC0 domaine public)

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