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Je suis donc allé à la lecture du document de l’OCDE cité et il faut en effet constater que les éléments donnés sont très intéressants. J'y retrouve pour ma part confirmation de plus de la situation du primaire et de ses enseignants dans le cadre de la refondation dans la partie qui traite de l’« environnement pédagogique et scolaire dans le primaire et le secondaire ». (Voir entre autres ce que j’écrivais les 14 Juin 2013 : http://quaiducitoyen.eklablog.fr/refondation-de-l-ecole-quel-avenir-partie-3-l-ecole-primaire-a92531519)
Cela conforte tout à fait bien la PRIORITE à donner à l’Ecole primaire pour un changement en profondeur pour une école à la hauteur des ambitions que nous devons avoir pour l’avenir de nos enfants.
Je laisse à chacun le soin de prendre connaissance de ce document et d’en tirer ses propres enseignements :
http://www.oecd.org/edu/France_EAG2013%20Country%20Note%20%28FR%29.pdf
Je me contenterai de reprendre quelques points que j’avais soulevé dans mes écrits concernant notamment les injustices salariales et de statuts entre les enseignants du premier et second degré mais aussi les remarques faites quant au nombre annuel d’heures d’enseignements dispensés aux élèves .
LES SERVICES ET LES SALAIRES DES ENSEIGNANTS
Je note dans ce document concernant les écarts de salaire entre les enseignants du primaire et du secondaire :
« Dans la plupart des pays de l’OCDE, le salaire augmente avec le niveau d’enseignement, mais les écarts sont plus marqués en France. Ainsi, en France, les enseignants du 1er cycle du secondaire (équivalent du collège) avec 15 ans d’exercice gagnent 9% de plus que ceux du primaire (contre 5 % en moyenne dans les pays de l’OCDE) «
« Autre grande différence entre les deux niveaux d’enseignements : le temps de travail en classe est plus de 40% supérieur dans l’enseignement primaire par rapport au secondaire en France... »
Les divers gouvernements qui se sont succédés depuis des décennies ont une lourde responsabilité dans cet état de fait et bien que le sachant, ils n’ont rien fait pour rectifier véritablement l’écart. Certains syndicats du primaire et du secondaire portent aussi cette responsabilité.
Je redis ce que j’affirmai en octobre 2012 en faisant un peu d’histoire…
« Il est plus que temps de redonner confiance à ce personnel (les instituteurs et professeurs des écoles) qui accomplit le plus grand nombre d’heures de service de la catégorie des professeurs avec des charges de travail importantes. Il n’y a par exemple aucune justification à ce qu’ils fassent 27 heures alors que leurs collègues profs de collège et de lycée en font 18 ou 20 ».
Je me permets de rappeler que cela fait des décennies que cela dure et on a toujours méprisé le corps des enseignants du premier degré et ceci de la part de tous les gouvernements. Les syndicats du second degré n'ont d'ailleurs jamais eu la volonté d'aborder le sujet, les enseignants du second degré ayant eux -mêmes des situations très diverses. On a même créé la fonction de professeurs d’école (en 1989) sans prendre en considération les compétences acquises durant de longues années de pratiques des instituteurs pour ne pas faciliter la revalorisation de leur fonction si ce n’est au prix d’un concours interne indigne. Michel ROCARD 1er ministre et Lionel JOSPIN Ministre de l’Education nationale de l’époque ont fait ce qu’il fallait pour diviser le personnel du premier degré pour faire de la « bonne gestion » et des économies sur le dos des personnels en place. Certains syndicats d’enseignants du premier degré et du second degré ont malheureusement accepté ce qu’on peut appeler une compromission faite sur le dos des instituteurs.
Depuis, les divisions - y compris parmi les professeurs des écoles- n’ont pas cessé de se faire en alternant de multiples solutions d’avancements ou de stagnation de carrière au gré des années en se basant sur une formation initiale mouvante dont on ne peut dire qu’elle s’est vraiment améliorée au fil des ans.
On sait comment cela s’est terminé ces dernières années, en faisant disparaître toute formation et en ne se fondant, pour lancer les jeunes enseignants parmi les élèves, que sur les connaissances non adaptées d’un diplôme nommé « Master ». « Master », en français « Maître » ce qui est un comble. On se demande "Master" de quoi : En tout cas, pas de la connaissance des enfants et de la pédagogie. Ceci dit sans vouloir dévaloriser cette génération d’enseignants qui ont dû affronter le métier sans les armes qu’on aurait dû leur donner. Ceci aussi pour des raisons d’économies... »
Dans mon article du 8 décembre 2013, je réaffirmai qu’il fallait donner aux personnels du premier degré les moyens de la réussite « en revalorisant leurs conditions de travail et d’abord par le temps nécessaire pour travailler dans le cadre d’une souplesse d’organisation adaptée et une autonomie des équipes pédagogiques en fonction de projets locaux concertés en partenariat. Remettre en place une formation continue forte est aussi une priorité.
(auteur Christopher Smart, 1771, Domaine Public)
Jusqu’à présent les différents pouvoirs qu’ils soient de droite ou de gauche ont joué volontairement avec les différences et la division des statuts, services, horaires du personnel ceci pour de basses raisons budgétaires. »
« On est d'ailleurs aussi en partie pour cette raison et à présent dans la situation prouvée que les enseignants français sont les plus mal rémunérés d’Europe.
Les organisations syndicales professionnelles d’enseignants doivent donc faire une priorité de la revalorisation de la fonction de professeur des écoles, cesser de faire "du catégoriel" et cesser de favoriser les surenchères stériles entre les divers enseignants qu'ils soient du premier ou du second degré...
Le gouvernement doit avoir l'intelligence de faire des priorités pour supprimer les injustices actuelles de services, d’horaires et de salaires...
La réforme du statut des enseignants doit aussi examiner les « primes » pour aller vers leur suppression en donnant à chaque enseignant un salaire (on dit un traitement) à égalité de service et de charges. »
La preuve était déjà donc bien faite et le document confirme de manière chiffrée le constat que j’avais réalisé.
LE NOMBRE D’HEURES DE COURS ANNUEL
C’est un point important à prendre en compte pour une vraie refondation qui doit passer outre les divers lobbies
Le document précité précise entre autres :
« Ainsi, en France, les enseignants du primaire sont, en moyenne et par an, 936 heures devant les élèves, soit 146 heures de plus que la moyenne de l’OCDE de 790 heures. De plus, ces heures de cours dans le primaire sont réparties en France sur un nombre de jours restreint (141 en France contre 185 en moyenne OCDE). En France, les enseignants donnent plus de 6 heures de cours en moyenne par jour dans l'enseignement primaire, alors que dans la plupart des pays, leurs homologues sont tenus d'enseigner entre 3 et 6 heures par jour.. »
Cela vient donc bien appuyer mes propos antérieurs.
Le calendrier scolaire est hélas fixé jusqu’en 2017 on étudiera les rythmes des vacances scolaires à partir de 2015 ! Les lobbies sont bien passés par là.
Pour mémoire extrait de mes écrits :
« Après le fiasco des rythmes hebdomadaires, va-t-on vers le fiasco des rythmes annuels ?
C’est à craindre.
Le changement c’est…pour plus tard…peut-être.
C’est tout de suite qu’il faut commencer à étudier le sujet en lien avec de nouveaux programmes qui permettront alors de déterminer le nombre d’heures annuels de cours nécessaires pour les enseigner...
Si les préoccupations des vacances doivent venir en concordance avec l’essentiel à savoir les contenus de l’instruction, la pédagogie, les rythmes journaliers, ceux de la semaine et de l’année, c’est dès maintenant qu’il faut réfléchir à la remise en question de l’existant pour faire une vraie refondation des rythmes et ne pas en rester aux schémas obsolètes habituels.
Je l’ai déjà écrit. On doit partir pour cela de l’optique que ce n’est pas la quantité et donc notre nombre d’heures de travail annuel qui est le plus important. C’est prouvé quand on voit les meilleurs résultats obtenus dans d’autres pays comme par exemple la Finlande (608 heures annuelles pour les 7 à 8 ans, 640 pour les 9 à 11 ans), le Japon (709 heures et 770, l’Allemagne (635 et 790). En France c’est 840 pour les 7 à 8 ans et 902 pour les 9 à 11 ans. « Dans le primaire entre 2001 et 2006, la France est passée du 18e au 27e rang, avec 32% des écoliers français jugés faibles ou très faibles pour une moyenne européenne de 25%. »(OCDE 2010) »
Il faut donc avant toute chose considérer la qualité de ce qui sera fait durant ces heures, avec la cohérence et le contenu nécessaire des programmes. »
Tout cela bien sûr en lien avec une réforme des « rythmes » dans leur ensemble qui n’est pour le moment qu’un fiasco qui ne changera rien.
UN DESEQUILIBRE DE MOYENS ENTRE PRIMAIRE ET SECONDAIRE
Le document de l’OCDE est clair : En France, la dépense par élève est bien plus grande dans le secondaire que dans le primaire : l’école primaire reçoit 17% de moyens en moins que la moyenne OCDE, alors que les lycées reçoivent 38% en plus.
On pourra lire le détail de l’analyse sur le document.
C’est en tout cas extrêmement choquant et il serait donc temps de remettre les choses à leurs places pour donner au Primaire une priorité qu’il n’a pas et qu’on ne veut pas pour l’instant lui donner, malgré les discours, si on regarde les mesurettes mises en place au compte goutte par l’actuel ministre de l’éducation nationale. Et ce n’est pas la reforme des « rythmes scolaires » qui changera quelque chose.
(utilisateur Froud, modif PP, domaine public)
Comme je le disais sur ce blog, le 23 septembre 2013 :
« ...pour certaines communes, la mise en place n’a rien à voir avec une amélioration ni des rythmes scolaires ni des rythmes tout court et cela se résume, ..., à une réduction de temps scolaire journalier d’environ ¾ d’heure reportée le mercredi je jour le plus mauvais choisi pour les rythmes veille sommeil...La modification des rythmes hebdomadaires est, en bref, bien plus un fiasco qu’une réussite dont on peut se féliciter comme le ministre le fait. »
J’ajoutais aussi « que tout cela n’apporte rien pour améliorer la prise en charge des élèves à l’école durant de soi-disant nouveaux « rythmes scolaires » sur les bases d'une organisation uniquement horaire d'une semaine « carcan ». Celle-ci ne laisse plus guère de liberté d'organisation pédagogique innovante des rythmes et activités de la semaine à l'école.
Monsieur Peillon fait un grand discours devant les maires de France pour affirmer que le primaire est une priorité. Mais il ne suffit pas de dire que "Pour inverser ce mouvement" - celui du déclin scolaire et l'accroissement des inégalités- il faut donner "la priorité au primaire", faire "en sorte qu'il y ait des professeurs devant les élèves", former les enseignants, "être capable de transformer les pédagogies" et refaire les programmes. Encore faut –il mettre les actes en corrélation avec les discours.
Je renvoie à mes écrits de septembre sur le sujet dans lesquels je détaille mes doutes quant aux actes (http://quaiducitoyen.eklablog.fr/vacances-scolaires-le-debut-de-la-reflexion-repoussee-en-2015-pour-cha-a100034386 )
UNE CONCLUSION PROVISOIRE DE PLUS...
Si la refondation de l’Ecole est une œuvre de longue haleine, elle ne peut vraiment aboutir que dans la mesure où les vrais moyens seront pris. On n’en prend pas, hélas, le chemin :
- recul dans le temps de la refonte des programmes
- aucune remise en cause du nombre d’heures de travail annuel
- aucune remise en cause d’une réforme des rythmes dévoyées au profit des activités périscolaires et qui n’apportent rien durant le temps scolaire
- Aucune vraie revalorisation de la fonction d’enseignants du premier degré
Même si des efforts sont en passe d’être réalisés au niveau de la formation initiale, la formation continue est pour le moment sur le côté et à la traîne alors que c’est un élément vital si on veut un renouveau pédagogique majeur et rapide pour une meilleure prise en charge des élèves pour leurs apprentissages.
Et le financement ? Les moyens financiers on les trouve! Ce gouvernement l'a fait pour d'autres sujets où des milliards sont bradés comme pour l' accord de compétitivité. L'actuel tentative de mise en place d'un pacte de responsabilité en est un autre exemple. L'école doit aussi être incluse dans une politique globale de réflexion sur l'avenir de nos jeunes.
(un des fondateurs de l'école républicaine: Jules Ferry par Léon Bonnat(1833-1922) domaine Public)
Les attaques de l’école sont légions et notamment de la part de nombreux réactionnaires qui sont nostalgiques d’une école du passé et qui limite le rôle de l'Ecole à l'apprentissage des "rudiments" tels ceux d'une école de l'Ancien Régime au détriment d'une école républicaine. On peut aussi parler des tentatives honteuses de déstabilisation des parents de la part de politiciens irresponsables sur fond d’électoralisme ou de mouvements traditionalistes sectaires comme on l’a vu à propos du « genre ».
Il faut défendre l’Ecole publique républicaine face à ces réactionnaires aux idéologies d’un autre âge.
Nous avons besoin de continuer de construire l’école républicaine du futur dans laquelle en utilisant les pédagogies nécessaires on permettra à l’élève de mieux apprendre, de l’aider à construire ses savoirs. Cette école doit être celle où il aura le plaisir de s’instruire y compris en faisant les efforts nécessaires et en apprenant de ses erreurs. Ce doit être aussi une école laïque pour en faire un citoyen libre et cultivé, ouvert, actif et responsable qui sait écouter, chercher, analyser, faire son propre jugement et ne pas se laisser endoctriner.
Il faut pour cela sortir de certains vieux schémas d'organisations et de statuts désuets et inefficaces conservées dans le formol jusqu’à nos jours par nombre de technocrates mais aussi de politiciens dépassés et sur lesquels notre Ecole est fortement fondée depuis des décennies.
Je l’ai déjà dit, les enseignants devront aussi montrer l’exemple de leur ouverture à d’autres schémas d’organisation horaires, de service, de prise en charge des élèves, de pédagogie. Certains d’entre-eux ont déjà pu le faire sur le terrain à tous les niveaux de l’Ecole. Ils n’ont malheureusement pas toujours été aidés et écoutés par l’éducation nationale et les hiérarchies qui ont rarement favorisé leurs initiatives et leurs innovations...
Une note optimiste quand même : le document de l’OCDE montre que nous avons une des meilleures maternelles du monde. A nous de continuer de la faire progresser car elle est essentielle pour aider nos enfants à se construire et appréhender le monde.
*OCDE: L'Organisation de coopération et de développement économiques est une organisation internationale d'études économiques dont les pays membres ont en commun un système de gouvernement démocratique et une économie de marché. Elle joue essentiellement un rôle d’assemblée consultative (Source Wikipédia)