• Les rythmes pour la Refondation de l’école : une grave déception…

    Les rythmes pour la Refondation de l’école : une grave déception…

    (image John Carmichael, domaine public)

    J’ai parcouru avec attention  le projet de décret  sur les rythmes scolaires dans le cadre  la refondation de l’école et qui a recueilli l’avis du Conseil Supérieur de l’Education Nationale  ce 8 janvier.  Ci- après, je livre  quelques premières réactions en droite ligne de ce que j’avais écrit ici même sur le sujet.    

    D’ores et déjà il faut dire non à ce projet de décret qui n’est pas à la hauteur des ambitions et des objectifs annoncés et qui ne participera pas à une véritable fondation de l’école.

    Si cela est voté tel que prévu, nous n’avons qu' un nouveau carcan basé sur l’ancien  qui n’apportera pas grand-chose de neuf et on ne changera rien  dans les écoles. Le plus grave c'est qu'il y aura  il y aura  la déception et la démotivation en plus.

     

    Les rythmes pour la Refondation de l’école : une grave déception…Le résultat du vote du CSEN est  clair  est  significatif : le projet n’est satisfaisant pour personne.

     Il  recueille 5 voix pour, 23 contre, 30 abstentions et 14 refus de vote.

    Les raisons de ce résultat du vote sont sans doute multiples, diverses voire contradictoires.  Il a cependant le mérite de montrer le malaise existant et de rejeter clairement un projet de décret qui n’est pas abouti  et qui ne montre pas le cap ni les échéances. Il démontre une précipitation à faire passer des nouveaux carcans notamment temporels ou horaires sans contenus qui aideront à la refondation. Sans doute est-ce fait pour   montrer aux yeux de la population que le gouvernement et l’assemblée travaillent.  Cette une intention compréhensible mais elle nous mène à une grave impasse.
    Monsieur le ministre, il faut retirer le projet et procéder autrement.

    La première erreur est de ne se fonder prioritairement que sur des rythmes scolaires alors qu’il aurait fallu baser un projet fondé sur la notion de rythme global des enfants et des jeunes ce qui donne des perspectives plus ouvertes pour une vraie refondation.

    Une concertation était nécessaire mais ne doit pas mener à  un projet visant à un consensus impossible

    Que le ministre de l’éducation nationale ait écouté les uns et les autres, association de parents d’élèves, syndicats enseignants, experts divers et variés sur les rythmes, organismes s’occupant de tourisme, ….c’est très bien. Il fallait le faire.
    Ce qui n’est pas bien c’est vouloir installer une orientation «  consensus » pour ne fâcher personne et  bâtir un décret presque  vide de l’essentiel qui néglige ou survole superficiellement le vrai traitement d’une des bases fondamentales d’une véritable refondation de l’école : celle des rythmes.  C’est l’image d’une décision politique qui ne répond pas aux intentions primitives d’une véritable refondation annoncée par le  ministre de l’Education nationale et le président de la république et qui était motivante. C’est très décevant.

     Une concertation ce n’est pas  fait pour obtenir un consensus mou qui de ce fait ne fera rien avancer.  Elle doit en retirer la substantifique moelle pour  arrêter un projet de décret, arrêter  des décisions sérieuses au niveau des objectifs fixés dans l’intérêt des enfants et des jeunes.

    Ainsi que je l’affirmai dans un écrit de ce blog ,le 16 juin 2012 : « Une vraie concertation est certes nécessaire mais elle doit être sans complaisance face aux divers lobbies adultes et se référer aux études sérieuses et scientifiques connues depuis de nombreuses années  tout en tenant compte des réalités du monde dans lequel nous vivons. Il faudra aussi écouter les enfants et les jeunes et ne pas les exclure une fois de plus des débats.

    Seule une finesse d’analyse réelle sans a priori permettra de déboucher en entendant toutes les opinions sincères… »

    On en est loin. Je m'explique.

       

    Le projet de décret institue un nouveau carcan horaire vide de vrais sens et de contenus adaptés  aux objectifs

    On retrouve les habituelles « bornes » qu’on connait depuis plusieurs années et qui ne font qu’installer, je me répête, un nouveau carcan aussi vieillot que le précédent et pas mieux, voire pire d’un certain point de vue, que l’organisation qu’il y avait avant la mise en place de la semaine de 4 jours. On se contentera de faire des additions et des soustractions de temps scolaires et d’activités périscolaires sur 9 demi – journées.  Le travail le mercredi matin est privilégié, le samedi est une option possible dont on laisse le soin de décider en conseil  d’école ou  par la collectivité locale.  On sent bien qu’on a voulu ménager la chèvre et le chou  car on sait que les sondages disent que les parents veulent conserver le samedi. Les collectivités locales, elles sont gênées par le mercredi… Quant aux enseignants, ils sont tout aussi partagés. Le consensus est impossible surtout s’il est basé comme c’est souvent le cas sur des préoccupations égoïstes d’adultes pas toujours bien informés. Le ministre doit trancher en faveur des enfants et non pas des adultes.

    L’allégement  de l’horaire scolaire journalier est ridiculement étriqué.

    Les rythmes pour la Refondation de l’école : une grave déception…« Les heures d'enseignement sont organisées les lundi, mardi, jeudi et vendredi et le mercredi matin, à raison de 5h30 maximum par jour et de 3h30 maximum par demi-journée. …La durée de la pause méridienne ne peut être inférieure à 1h30. »

    Le temps d’apprentissages pour les élèves sur la semaine n’est guère allégé. Une demi-heure de moins ! Autant dire… rien. Il reste  24 heures qu’on répartira en plages horaires par demi- journées qui seront de 5h30 maximum par jour. 

    C’est une erreur que de soutenir un tel découpage. Le problème n’est d'ailleurs  pas 23 ou 24 heures de cours.  C’est  d'abord l’articulation qu’on va avoir entre les différents temps qui est importante et surtout ce qu’on y fera et à quels moments clés pour l'enfant ces heures seront placées dans la journée.  Les travaux des chronobiologistes auraient pu y aider.   Il faudrait plutôt parler de 5 journées ( voire 6) avec 23 heures de travail scolaires articulées avec les autres temps de prise en charge de l’enfant dans le cadre d’un projet global éducatif local cohérent. Cela libérerait du temps pour les concertations pour les enseignants qui en ont bien besoin si on veut que chagemetn il y ait .  Ce serait déjà remettre à plat le vieux système actuel dans lequel on s’enferme pour aller à l’échec et qui ne permettra que de reproduire des aménagements de vieux schémas qui gêneront le changement espéré des pratiques.

    Le système DARCOS est maintenu déguisé:   

    Les rythmes pour la Refondation de l’école : une grave déception…On fait en effet semblant de supprimer  les deux heures d'aide personnalisée inscrites dans la semaine de 4 jours  pour les remplacer par des « activités pédagogiques complémentaires » qui s’ajouteront aux 24 heures continuant d'apporter un alourdissement horaire journalier dont les élèves n'ont pas besoin.  Aucun changement donc si ce ne sont les termes. A quand la prise en charge des difficultés de tous les enfants durant le temps scolaire dans le cadre d’une rénovation pensée et réfléchie de la pédagogie et de l’organisation de l’école? Tout cela prouve un manque de réflexion abouti sur l’organisation de la journée de l’enfant et du jeune.

    Il est étonnant de constater que, tout en demandant, avec raison, l’allégement à 5 heures de la journée scolaire, la FCPE  déclare : « … nous demandons d’intégrer le principe de gratuité des « activités pédagogiques complémentaires » . Cela semble  accepter l’existence  de ces  activités scolaires complémentaires qui alourdiront le temps de travail des élèves et notamment ceux en difficulté.    Retour à la case ..Darcos!

    La conception de la  répartition du temps journalier et hebdomadaire est dépassée.

    En bref,  on en  reste à la conception vieillotte d’une répartition horaire  dont le seul but est de partager le temps par demi-journées sans réfléchir à ce qu’on y mettra pour qu’il y ait une prise en charge cohérente et adaptée des enfants et des jeunes. 

    Concernant la prise de décision sur l’organisation de la semaine, le texte prévoit que le directeur académique des services de l'Éducation nationale (DASEN)  devra se prononcer suite aux propositions d'organisation de la journée et de la semaine scolaire, issues soit du conseil d'école, soit du maire .  Ce n’est pas ce qui fera avancer la cohésion et le débat sur des projets territoriaux : Auparavant, seul le conseil d'école - au sein duquel on trouve tousles partenaires -  pouvait proposer une organisation de la semaine qui pouvait notamment déroger à l'article D 521-10 et transmettait ce projet au DASEN. Désormais, le maire ou le président de l' établissement public de coopération intercommunale (EPCI) peuvent également proposer une organisation de la semaine. Cela peut signifier qu'une proposition et une décision d'organisation peuvent être prises contre l'avis du Conseil d'école et donc des enseignants et des parents. C’est la porte ouverte à tous les conflits et gêner un partenariat souvent difficile à construire. Ce n'est donc pas acceptable.

    Le partenariat ce n’est justement pas cela. Les frustrations se font déjà sentir, avec de justes raisons, de toute part, sur le terrain tant de la part des parents que des enseignants ou des collectivités locales ou des associations culturelles et sportives.  Le partenariat dot se définir comme une association active de différents intervenants qui, tout en ayant leur autonomie, acceptent de mettre en commun leurs efforts en vue de réaliser des objectifs communs. Dans ce cadre  ils doivent y avoir un intérêt, une responsabilité, une motivation mais aussi une obligation qui les engagent.

    Le décret n’impulse pas l’envie du partenariat et ce n’est pas le déplacement médiatique du ministre ce 10 janvier à Brest qui y changera quoi que ce soit. Le problème n’est pas de montrer des exemples d’expérimentations, même si c’est utile, mais bien de motiver tous les acteurs sur le territoire national pour que ça se mette en oeuvre et fonctionne partout.  Le décret ne va pas dans ce sens d’autant plus qu’aucune obligation n’est faite qu’il y ait des projets territoriaux et que les partenariats se forment.  On court tout droit à l’échec.

    Pourquoi ne prend –on pas vraiment  en compte les expériences et travaux des  chronobiologistes ?

    Le plus grave est là : on ne tient  compte qu’à la marge des travaux et expériences des chronobiologistes.

    Les rythmes de l’enfant et du jeune sont, en réalité, quasiment absents de la réflexion qui a mené à « pondre » cette proposition de décret. Il tourne autour de créneaux horaires scolaires en bouchant les trous avec des activités périscolaires sans rien changer au fond à ce qui existe. Tout cela n’a rien de motivant.   

    Les rythmes pour la Refondation de l’école : une grave déception…Les chronobiologistes  prouvent par exemple que le problème de la semaine c’est d’abord  le décrochage de deux jours le week-end. Nulle part non plus ,on ne fait référence au problème très important du sommeil.    Malgré cela, le futur texte de loi s’entête à ne pas imposer le samedi matin comme faisant partie de la semaine scolaire. On sent là la volonté de ménager ce qu'on croit être l'avis des parents dans les sondages. 

    On se contente ainsi de parler de pause méridienne sans en définir le contenu, de demi- journées sans savoir ce qu’on va y mettre alors qu’il aurait fallu penser, par exemple en ce qui concerne la journée, à des alternances travail/ repos cohérentes, à la fatigabilité qui n’est pas la même pour tous les élèves, aux pointes de vigilance, à la capacité de travailler et d’acquérir à tels ou tels moments comme par exemple le matin etc… Et bien sûr à partir de tout cela construire une journée cohérente et équilibrée.

    Quand je dis journée cohérente, elle inclut tous les moments de vie de l’enfant et du jeune (je ne dis pas élève) y compris ceux qui ne sont pas scolaires -sommeil compris- et qui doivent être articulées et pensées de manière complémentaires et faire l’objet d’un projet partenarial entre tous ceux qui ont des responsabilités d’encadrement.

    Le décret manque d’ambition quant à la dynamique du projet d’école ou territorial

    J’écrivais récemment : « Il faut aller plus loin pour une future remise à plat des rythmes non pas seulement scolaires mais bien de l’ensemble des rythmes auxquels sont soumis les enfants et les jeunes souvent à leur détriment (notamment par rapport à leur santé) du fait des préoccupations souvent inconsciemment égoïstes des adultes. »  C’est à partir de là qu’on construira avec tous les partenaires un véritable projet éducatif pour l’enfant et le jeune. Le projet de décret est significatif de son insuffisance notamment  à ce sujet :  « Peut » et pas « doit » : erreur fondamentale puisque le décret n’instaurera aucune obligation d’avoir un véritable projet territorial seul à même de nous sortir de la séparation qui ne doit pas être des rythmes et qui devrait permettre une éducation éducative cohérente qui sera l’œuvre véritable de tous les acteurs : école, parents, collectivités , structures d’animation.... 

    En la matière, il faut prendre le temps pour que le changement se fasse  en profondeur. Quand j’entends la FCPE exiger que les communes mettent en place les activités extra scolaires dès la rentrée prochaine, je ne peux m’empêcher de dire que c’est la porte ouverte à  la précipitation, à la rupture avec les collectivités locales qui ne sauraient  faire face à des obligations non réfléchies collectivement sur le terrain sans compter les moyens opérationnels que certaines n’ont pas. Ce serait plaquer des dispositifs sans réflexion. 

    C’est  aussi accepter ce qui est proposé dans le projet de loi et qui n’est pas satisfaisant car basé sur de vieux schémas, les activités périscolaires étant considérées comme mineures.  Ce  ne serait pas vraiment une avancée. Les conditions d’un accueil périscolaire de qualité ne se mettront pas en place " à la va vite" ou alors ce sera pérenniser, en l’étendant, ce qui existe, malheureusement, de mauvaise qualité dans certains communes.  Veut-on tout résumer à une «garderie», comme c'est déjà souvent le cas,  lors d'une plage horaire qui suivra la fin de la classe ?

    Pour en revenir par exemple à la fameuse pause méridienne, ce n’est pas tant la durée - qu’il est facile d’imposer - que les conditions d’accueil qu’il faut définir pour être mises en place. Si l’enfant est pris en charge par un service de restauration scolaire,  les conditions d’accueil doivent être définies de manière à ce que le temps dans et  hors restauration soit un temps de calme, de repos, de détente  pour que les élèves puissent ensuite profiter d’une activité ou d'un travail dans les meilleures dispositions possibles , détendus et reposés. Cela n’est pas toujours le cas, loin de là, actuellement, quand on parcourt le terrain. (Ceci dit sans jeter la pierre à quiconque, tout le monde étant responsable).  

    De même, si l'ambition est de faire vivre de "«vrais» temps sportifs, culturels et pédagogiques" il faudra recruter des personnels compétents pour mettre en œuvre des objectifs élaborés par tous les partenaires éducatifs et qui s’articuleront avec tous les autres objectifs des temps de la journée et de la semaine de l’enfant et du jeune.  Ça ne se fait pas dans la hâte pour satisfaire un électorat quel qu’il soit. Cela demande du temps, du personnel, de la formation, de l'argent que toutes les collectivités n'ont pas et qu'il faudra trouver.

     Pour conclure provisoirement

    Si on a quelque peu côtoyé le « terrain », on sait que pour mettre en place un projet éducatif territorial qui va dans le sens d’une prise en compte des besoins de l’enfant et du jeune, de ses rythmes et pas du seul rythme scolaire , il faut une vraie implication et une vraie mobilisation des différents acteurs éducatifs.

    Il aurait aussi fallu annoncer les objectifs d’une  remise  en cause en  profondeur de l’année scolaire et de ses rythmes car  tout doit être traité dans la cohérence : journée, semaine, année.  Pour ce dernier point, ce n’est pas si simple.

    J’y reviendrai.

    Il n’est pas trop tard pour avancer vraiment et repartir du bon pied pour sortir de l’impasse actuelle. Le décret doit être repensé et retravaillé en terme d’objectifs clairs et de calendrier précis et réaliste et pas en terme de dispositifs horaires obsolètes.

     Dans l’attente, il faut clairement annoncer un plan d’actions significatives qui vont permettre de redonner confiance et d’aller vers la mise ne place d’une refondation qui ne se fera pas d’un coup de baguette magique, chacun le sait mais qui sera l’œuvre d’une mobilisation de tous les acteurs éducatifs motivés.

    Le décret proposé n’y contribue pas. IL n'est qu'à écouter quelques acteurs du terrain comme des parents, des ensiegnants ou des élus locaux. 

    Parmi ces actions significatives immédiates :

    -abroger le décret DARCOS sur la semaine de 4 jours et en revenir, en l'attente de la refondation, à l'organisation hebdomadaire antérieure  et pas réinstaller un nouvelle organisation qui n' est pas fondée

    -recréer dans les académies la vraie concertation et le débat, avec tous les partenaires, pour avancer et  pour préparer la prochaine rentrée des classes apaisée dans le cadre de la prochaine carte scolaire qui doit se travailler prochainement: là est l'urgence du moment

    -lancer une campagne d’information sur ce qui doit être le centre de la  refondation de l’école (et y compris au collège et au lycée) : les rythmes et le sommeil sans la connaissance du fonctionnement desquels le débat n'est pas possible.

    -....

    J'y reviendrai.

    Patrick PATTE*

     

    (* Ancien secrétaire général de la FCPE Nord , jusqu’au 9 juin 2012,  Ex  Coordinateur et animateur du CDEN alternatif du Nord, ...)

     

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