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L’ETAT
Le président de la République doit effectivement incarner l’état et son autorité. L'autorité c'est aussi la justice et pas l'autoritarisme ou le despotisme. C'est aussi protéger son peuple pour qu'il puisse bénéficier de progrès sociaux. Ce n'est pas le choix qu'il a fait. Emmanuel Macron a des postures d'homme d'état mais apparemment il a une vision étriquée de ce qu’il devrait incarner.
On ne peut contester qu’il a été élu. Mais cela ne suffit pas à la capacité de gouverner avec la justice que les électeurs sont en droit d'attendre de celui qui tient les rênes du pouvoir.
Le problème est qu’il n’a pas tenu compte du contexte dans lequel son élection a été possible. Il a manqué une fois de plus d'humilité, de clairvoyance et de bon sens et de mesure.
Il n’a de cesse d’affirmer comme d’ailleurs ceux qui l’entourent et qui l’ont clamé à outrance lors de ces dernières semaines, que son programme a été adopté par une majorité de français et dans ce programme la réforme des retraites.
Rappel : Je l’écrivais dans mon article du 1er mai 2022 avant les législatives :
« Emmanuel Macron a donc été élu par un panel de 18 779 641 voix dont nombre d’entre eux n’adhérent pas à son projet et qui ont voté pour barrer la route à Marine LE PEN. Monsieur Macron ne devrait pas l’oublier et ne pas essayer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Si je m’en tiens aux chiffres du 1er tour, Emmanuel Macron a recueilli 9 783 058 voix (8 433 346 soit 23,75 % en 2017) sur son programme. Au deuxième tour, il est évident que nombre de votants en plus l’ont fait , non pour approuver le programme d’Emmanuel Macron mais pour faire barrage à l’extrême droite représentée par Marine LE PEN soutenu par le RN et le parti d Eric Zemmour, lui aussi d’extrême droite.
Le programme en l’état du président reconduit ne peut en convenir à ceux qui sont favorables, comme moi, notamment à une certaine justice sociale facteur de progrès pour nos concitoyens mais aussi à une vraie planification écologique, une meilleure représentation des courants de pensée des français à l’assemblée nationale, un âge pour partir en retraite qui permette d’avoir encore le temps d’en profiter, une école refondée … j’en passe mais j’y reviendrai.
Il devra donc en tenir compte et ne pas faire comme lors de cette dernière mandature.
L’abstention a été de 28,01 % (25,4 % en 2017) la plus forte abstention au second tour depuis 1969.
Le cumul de l’abstention et des bulletins blancs est de 32,58 % (31,79 %en 2017) soit près d’un tiers des inscrits : 13 656 109 abstentions + 2 228 044 blancs = 15 884 153 ( en 2017 si on ajoute les 6,35 % des bulletins blancs soit 15 121 140 voix dont 3 019 724 de blancs.) Cela confirme que des choses ne vont pas dans le fonctionnement démocratique de notre pays. »
Et monsieur Macron n’en a pas tenu compte.
Il récolte le fruit de son absurde mépris des autres.
Nous récoltons les fruits de ce mépris.

( Palais Bourbon, La façade septentrionale (2009). auteur kimdokhac — Flick, CC BY 2.0
LA SUITE ?
Ce fut le 49.3 pour faire passer une réforme scélérate pour la population qui la rejette massivement.
Les motions de censure n’ont pas été adoptées et les députés godillots de "Renaissance", la première ministre et les ministres nous prennent pour des "cons" en affirmant que le rejet de la motion de censure est donc un vote du parlement pour la loi qu’ils n’ont pas eu le courage de faire voter en choisissant de passer en force.
La première motion de censure est rejetée à 9 voix près ce qui confirme que la gouvernance sera difficile pour le gouvernement, celui-ci ou un autre, notamment pour faire voter des textes à une majorité absolue.
Une majorité du groupe LR n’a pas voulu s’associer à faire tomber un gouvernement qui fait passer une loi avec laquelle ils sont d’accord: L’hypocrisie la plus pure dont devront se souvenir les électeurs de ces députés qui ont choisi leur camp à savoir celui du Macronisme qui définitivement vient bien de montrer qu’il est à droite et pas au centre.
En utilisant l’arme légale du 49.3 Emmanuel Macron a contourné la représentation nationale et est resté dans la droite ligne de tout ce qui a été fait jusqu’ici pour faire passer une réforme dont la population, dans sa large majorité, ne veut pas : mépris de l’expression citoyenne des manifestants, mépris des organisations syndicales représentatives, refus de les recevoir, manœuvres politiciennes en utilisant l’assemblée nationale et le sénat pour tenter de se donner une crédibilité parlementaire qui se détruit progressivement aux yeux de la population, chantage à la dissolution du parlement ...
Les mensonges, inexactitudes du projet de loi, son flou et, dernièrement, les argumentations fallacieuses sur le péril financier que nous courons ont augmenté la méfiance envers la parole politique. C'est cela que nous paierons lors des prochaines échéances électorales nationales.
Je le disais dans mon dernier écrit : « S’il fait passer sa loi, Emmanuel Macron a pris nombre de risques dont il portera, lui et ceux qui le suivent ou le soutiennent, l’entière responsabilité : le risque d’un développement de la colère sociale qui en ces temps d’inflation est un tonneau de dynamite dont personne ne maîtrise la longueur de la mèche… et les violences qui pourraient, hélas pourraient se déclencher. ...»
C’est ce qui commence à se dessiner quand on observe ce qui s'est passé depuis l’annonce du 49.3. La colère semble monter. Les organisations syndicales avaient prévenu le pouvoir…
Jusqu’où cela ira-t-il ? Nul ne peut encore dire l'ampleur que cela prendra.
En tout cas il est clair que, dans la population, le dégoût est en hausse envers la classe politique et les institutions que le pouvoir fait fonctionner de manière légale mais perverse grâce à des mécanismes qui empêchent le débat, les échanges et la mise sur la table des vérités fiables comme pour celle de la retraite et la « valeur travail » qu’il faut confronter ce qui ne doit pas se faire par la brutalité, le mensonge et les manœuvres actuelles qui empêchent de prendre le temps démocratique de le faire alors qu'il n'y a pas urgence de plaquer une réforme voulue d'en haut tout en faisant croire que l'on est fait des concessions importantes.
Il est donc aussi clair que le risque de voir les prochaines élections présidentielles et législatives mettre au pouvoir l’extrême droite, le RN et celui ou celle qui le représentera est maintenant affirmé. Tout est possible. La situation de l’Italie en est la preuve incontestable.
LA FIN?
Que fera monsieur MACRON durant les quatre années du mandat qu’il lui reste à courir?…
Sauf à continuer de débaucher, avec facilité car ils sont orfèvres en ces matières, les Républicains pour saper les moyens de l’Education, de la santé, de la culture et autres services publics … il aura du mal à trouver des consensus sur l’immigration et à mettre en place le dialogue qui vient d’être rompu avec les organisations syndicales qui ont été méprisées. Pourtant nombre d'avancées sur la santé, le travail ou l'éducation, les services publics qui régressent du fait de la technocratie, par exemple, demandent la concertation nécessaire à de véritables progrès pour notre société.
Monsieur Macron a perdu toute crédibilité auprès d’une grande majorité de la population et auprès des instances de concertation intermédiaires. Il ne suffit pas de dire qu’on réunit , qu’on écoute alors qu’en réalité on montre par les actes qu’on fait ce que le monarque républicain a décidé parce qu’il estime que lui seul a raison et qu’il ne veut pas admettre qu’il n’a pas été élu sur son programme et se conforte dans son égo de despote éclairé.
La fin de règne sera difficile car de "règne" il s'agit bien compte tenu de l'attitude actuelle de d'Emmanuel Macron.
Quel sera le contenu de son prochain discours?
Annoncera-t-il le retrait de la réforme? Je ne le crois pas une seconde. Il doit aller jusqu'au bout. Il n'a pas le choix.
Annoncera-il la nomination d'un nouveau premier ministre et un remaniement?
Il ne serait pas logique qu'il mette Elisabeth BORNE sur la touche alors qu'elle a fait ce que le président lui a demandé à savoir faire passer la réforme avec les moyens critiquables mais légaux que l'on connait. Changer de premier ministre et de gouvernement alors que la motion de censure a échoué serait un comble.
Penser que cela calmerait la colère des citoyens qui sont contre la réforme serait même insultant. A l'évidence les citoyens ne seraient pas abusés par une manoeuvre qui n'est qu'illusoire. Faire tomber le gouvernement par l'adoption d'une motion de censure avait l'avantage de faire tomber la réforme. Dans l'état actuel de la situation, changer de premier ministre n'apporterait pas l'abandon de la réforme.
Annoncera t-il qu'il s'est rendu compte de la colère des citoyens et qu'il suspend la réforme pour ouvrir un nouveau "grand débat"? Ce serait avouer que le travail fait par le gouvernement, les sénateurs et les députés est à revoir. Il ne le peut pas.
Emmanuel Macron est pris dans l'engrenage qu'il a provoqué.
S'il intervient lors d'n discours annoncé cette semaine ce sera pour confirmer que la réforme sera appliquée. Il a d'ailleurs pris les dispositions pour que le conseil constitutionnel rende son avis d'ici une semaine dans le cadre d'une procédure d'urgence (encore une!!!).
Comment va-t-il calmer la colère de celles et ceux qui manifestent, font grève, ont perdu des journées de salaire?
Soit il l'ignore et table sur le fait que la lassitude des citoyens fera baisser la tension et aura donc un discours convenu et vide.
Soit il en a conscience et craint une tension plus importante voire des actions plus dures qui mettront à mal le fonctionnement du pays et dans ce cas, je ne vois pas comment il peut s'en sortir.
A suivre...

(Marianne de la démocratie, Armel Le Coz, Attribution (CC BY 2.0)