• COVID ET COUVRE-FEU : ET L’ÉCOLE DANS TOUT ÇA ? 2 sur 3

    Ainsi que je le disais en juin puis en octobre dernier, le ministre et son gouvernement n’ont tiré que peu d’ enseignements des dernières phases de la crise depuis la fin du premier confinement : Une fois encore les « penseurs » gouvernementaux  n’ont pas tenu compte du terrain et des difficultés à mettre en place dans les établissements scolaires ce qui n’a pas été préparé et souvent tombé  comme un cheveu sur la soupe.

    COVID  ET COUVRE-FEU : ET L’ÉCOLE DANS TOUT ÇA ?  2 sur 3

    Image par mohamed Hassan de Pixabay


    QUELS  NOUVEAUX MOYENS  MATÉRIELS POUR AMÉLIORER LES CONDITIONS SANITAIRES ?

    Je ne critique pas par plaisir.

    Je constate simplement qu’il est très possible qu’un nouveau palier de contamination se prépare- c’est le ministre de la santé qui vient de le laisser entendre -  et il ne me semble pas que le protocole sanitaire actuel, quand il peut être mis en place, suffira si la contamination augmente avec l’arrivée des nouveaux variants. 

    Il faut non seulement renforcer les moyens d’appliquer les protocoles pour la période actuelle mais aussi prévoir ce qu’il faudrait faire au cas où la crise s’aggraverait. Nombre des praticiens de terrain et organisations syndicales d’enseignants ou de chefs d’établissement font remonter des impossibilités d’applications du protocole précédent et de l’actuel qui est quasiment le même.

    Ainsi :

    • Philippe Vincent, du SNPDEN, réagissant aux annonces du 14 janvier 2021 : « Beaucoup de bruit pour rien",
    • "Comment parler d’un protocole sanitaire renforcé ?", interroge le Snes-FSU.
    • Le Snalc dénonce "la politique sanitaire 'à la carte'"
    • le Sgen-CFDT souhaite que soient "adaptées les conditions d’évaluation" du bac.
    • Pour le SNES, concernant les cantines, les mesures sont "inapplicables"  dans les écoles,
    • pour le Snuipp, concernant les écoles "elles ne vont pas changer grand-chose".
    • Le Snep voit une "mise à l’index de l’EPS".
    • Le SE-Unsa s’iinterroge sur les moyens annoncés pour les tests de dépistage.

    On peut donc légitimement s’interroger, surtout quand, comme moi, on a été enseignant, responsable syndical et militant d’une association de parents d’élèves (quand je n’ai plus enseigné).

    Le protocole « renforcé » à cette rentrée l’est-il vraiment ?

    Que pourra-t-on faire de plus si d’aventure il fallait faire face à une montée conséquente de la contamination? Le ministre ne le dit pas sauf à   évoquer "la possibilité d'accentuer si besoin le protocole" tout en assurant être "très attentif" à la mutation du virus détectée en Angleterre.   Sera -ce dans l'improvisation habituelle de dernière minute à laquelle il nous a habitué...?

    Tour d’horizon des « mesures »…

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    Image par Michael Gaida de Pixabay

    Aérer  les lieux clos : des paroles sans beaucoup de  moyens… tel est ce que je ressens en observant la réalité.

    Selon le protocole sanitaire( ancien et nouveau) , les salles de classe et autres locaux doivent être aérés régulièrement: toutes les trois heures pendant au moins 10 à 15 minutes et trois fois par jour (avant l'arrivée des élèves, durant les récréations et le midi, et le soir pendant le nettoyage des locaux). Cela me semble être la seule prise en compte (il a fallu attendre septembre)  de ce qu’on appelle la contamination par aérosol ou aéroportée.   Pas sûr que ce soit suffisant et d’autant moins quand le variant anglais (ou un autre) plus contagieux fera son  entrée dans les écoles

    En effet, on peut faire mieux et je n’ai pas eu connaissance d’achats massifs de système d’aération ou de détecteurs de C02 utiles pour mesurer « le niveau de CO2 de l’air ambiant qui reflète le niveau de ventilation d’un lieu : ce type de capteur peut déterminer un seuil à partir duquel il existe un risque plus important de contamination dans un lieu clos avec un contaminateur potentiel » ceci  ni pour les classes ni pour les cantines notamment dans les lieux où il est difficile d’aérer vu la vétusté des fenêtres de certains locaux . On a pu voir aussi nombre de cantines où les distances minimales  de sécurité ne sont pas respectées. Comment dans un collège où il y a, par exemple,  600 élèves et 400 rationnaires peut-on mieux organiser le respect des normes sanitaires quand le rationnaire enlève son masque pour manger ?
    Quelques  établissements organisent  le portage des  repas en classe  mais en définitive cela ne change pas grand-chose, le masque devant être enlevé dans un endroit clos. Quant à la distance de sécurité tout dépend du nombre d’occupants de la classe qui est souvent important.  

    Les avis des professionnels et de leurs représentants convergent :

    • "Si c'est pour accroître le brassage dans les classes, quel intérêt ?" « c’est clairement avec la mise en place d’une jauge à 50 % que l’on respecte le protocole en termes de brassage » Philippe Vincent, secrétaire général du premier syndicat des chefs d'établissement (SNPDEN)
    • « En plein hiver, il est particulièrement difficile d’aérer très longtemps les classes, et on a un problème de trop fort brassage, au moment du repas à la cantine notamment », « On tourne en rond sur ce point depuis fin août et rien n’a été fait avec les collectivités. Il faut des locaux et des personnels supplémentaires pour pouvoir mettre en place des demi-groupes », (Guislaine David du SNUipp/FSU).

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     Image par mohamed Hassan de Pixabay

    Enseignement à distance :

     «Quelles leçons ont été tirées sur la carence en matière de moyens et d’équipements des enseignants et des élèves que ce soit du primaire ou du secondaire quand ils ont dû rester chez-eux. ? Réponse : aucune. Si  on devait repasser à un retour des élèves chez eux , nous en serions, notamment en primaire et au collège  toujours  pratiquement au même point à savoir des enseignants qui bricolent avec ce qu’ils peuvent…comme ils l’on fait durant le confinement : leur matériel informatique personnel, leur réseau , leur imprimante… Quant aux élèves…
    On comprend mieux pourquoi le ministre ne veut pas d’un  enseignement en alternance au Collège. Il ne semble pas avoir prévu les moyens techniques et humains  pour le faire notamment pour aider les élèves les plus démunis.

    La seule concession que le ministre  fait : "Dans les collèges, à titre exceptionnel, lorsque des établissements connaissent des contraintes qui sont dues aux bâtiments, le mode hybride peut être choisi" "Cela est autorisé au cas par cas pour les classes de 4e et de 3e, et doit rester exceptionnel."

    Ce qui veut dire que  l’immense majorité des collèges va rester dans un fonctionnement en classe entière, maintenant un niveau élevé de brassage dans l’établissement.

    En lycée, l’enseignement sous forme « hybride » sera prolongé au-delà du 20 janvier. Le problème est que  « les organisations sont très différentes d’un lycée à un autre, certains lycées sont restés ou reviennent aux  100 % de présentiel créant une rupture d’égalité entre les élèves et les établissements ».

    Il y a donc  parfois le maintien de classes entières alors qu’un fonctionnement par demi-groupes serait plus approprié à la fois d’un point de vue sanitaire et pédagogique. Le ministre n’imposant pas de cadre national…chacun fait ce qu’il veut, comme il peut avec les moyens qu'il a … ou pas.

    Distanciation :

    Aucun matériel supplémentaire n’a été commandé pour permettre la distanciation là où c’était nécessaire (pour que chaque élève ait par exemple une table à bonne distance).

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    Image par Stefan Meller de Pixabay

    LES MOYENS HUMAINS : UNE DIMENSION QUI N’EST GUÈRE PRISE EN COMPTE

    Pour mémoire et en revenir à la gestion sanitaire, le ministre Jean-Michel Blanquer affirmait, sur RTL, le 13 octobre, qu’après les vacances de la Toussaint, le protocole allégé pour limiter les fermetures de classes serait maintenu. Ainsi le protocole sanitaire prévoit en cas de circulation très active du virus que les classes soient  dédoublées. Il précise : "Il faudrait des contaminations encore plus importantes » sous entendu pour que ce soit mis en œuvre.  Pourquoi donc attendre que ça arrive et ne pas prendre les précautions nécessaires ? Il n’a sans doute pas prévu les moyens de dédoubler les classes… Vu le manque de remplaçants notamment à l’école primaire, le constat est vite fait.

    Alors  pourquoi n’a-t-on pas mis des moyens supplémentaires pour accueillir tous les élèves avec plus de sureté comme cela se fait dans d’autres pays  en Europe ? En Italie , en Irlande ou en Espagne on a recruté des milliers d’enseignants, ici ou là on limite les nombres d’élèves par groupe, on aménage des nouveaux locaux, on achète du matériel pour réduire les effectifs. Pour ne citer qu’un exemple : à la rentrée 2020, l’Italie a créé 50 000 postes de professeurs contre 1 248 en France". (source SNUipp/FSU, syndicat des enseignants du premier degré)

    Trop peu d’enseignants  supplémentaires  ont donc , en effet, été  recrutés  pour organiser des petits groupes ou demi-classes, pour aider à prendre en charge ceux des élèves qui sont restés à la traine durant le confinement et pour remplacer les personnels qui pourraient être touchés par le virus. Il ne suffit pas de dire qu’il y a eu décrochage scolaire pendant le premier confinement, il faut mettre les moyens pour y pallier.

    Et va-t-on encore devoir surcharger les classes pour cause de non remplacement ?

    Les exemples ne manquent pas   comme celui de cette école maternelle de Capelle la Grande (dans le dunkerquois)où on atteint des sommets dans le manque de respect des élèves, enseignants et des familles : depuis trois mois, un professeur est en arrêt maladie : Aucun remplaçant n’a été nommé de manière fixe et donc deux jours par semaine, les 102 enfants de l’école  sont répartis en trois classes au lieu des quatre prévues. Le  14 janvier 2021, à bout de souffle, les trois autres enseignants ont été mis en arrêt de travail. En catastrophe, deux remplaçants  ont été nommés provisoirement  pour permettre à l’école d’ouvrir. Sur 102 élèves inscrits , 26 ont pu être accueillis… Devant  prendre en charge, la plupart du temps,  les 102 élèves soit 34 élèves par classe, depuis la rentrée de septembre , il était impossible de respecter un   protocole sanitaire suivi dans cette école. Il ne faut pas oublier de plus , qu’en maternelle, les enfants ne portent pas de masques vu leur âge…

    Bien sûr c’est une situation limite mais elle  existe ainsi que d’autres liées au manque de remplacements.

    Des enseignants vulnérables ça existe comme dans toutes les professions. En ayant connaissance du nombre d’enseignants vulnérables, le gouvernement aurait dû anticiper la pénurie probable de personnels ceci dès la fin de la première vague pour organiser l’année scolaire suivante de septembre 2020.  Il ne l’a pas fait ou que très  partiellement. Des contractuels sans formation ont été embauchés quand les problèmes se sont posés… alors que l’on aurait pu prendre les enseignants stagiaires sur liste complémentaire (donc non nommés sur un poste)et créer des postes .( La liste complémentaire permet de remplacer des candidats inscrits sur la liste principale du concours qui ne peuvent pas être nommés ou, éventuellement, de pourvoir des emplois vacants entre deux concours... mais comme ces postes ne sont pas créés on ne fait pas appel à ceux qui sont inscrits sur liste complémentaire.)

     RETOUR A L'ÉCOLE LE 11 MAI : LA BOULE AU VENTRE... 2 sur 2

     

    Image par fernando zhiminaicela de Pixabay

    Rien ne change non plus  pour la   désinfection des équipements et des objets : je reprends  ce que je disais à propos du protocole sanitaire d’octobre 2020 car rien n’a changé depuis alors qu’il faudrait plus de prudence pour limiter les contagions :

    • « L'accès aux jeux, aux bancs et espaces collectifs extérieurs est désormais autorisé » (Il ne l’était pas dans le premier protocole). Donc il  n’y a plus aucune précaution par exemple entre les utilisations de ces équipements par des élèves de  groupes qui s’y succéderaient comme lors des récréations le long de la journée. 
    • Les   objets partagés au sein d'une même classe ou d'un même groupe peuvent être mis à disposition: ballons, jouets, livres, jeux, journaux, dépliants réutilisables, crayons...Bref tout le monde peut toucher tout dans la journée…sans désinfection entre chaque utilisation par des élèves différents. Une désinfection au minimum quotidienne est assurée ou alors les objets sont isolés 24 h avant réutilisation. Ici encore, on ne respecte pas le fait que les objets peuvent être porteurs du virus d’un utilisateur à l’autre comme au supermarché quand les divers clients touchent les produits. Si un isolement de 24 heures est suffisant pour tout ce qui est surface en carton ou papier, il ne l’est pas pour ce qui est plastique ou métallique.

    On pourra rétorquer  qu’il y a le lavage des mains. Cela n’a pas changé non plus

    Le protocole prévoit que le lavage des mains doit être réalisé, a minima :

    - à l’arrivée dans l’école ou l’établissement ;

    - avant chaque repas

    - après être allé aux toilettes

    - le soir avant de rentrer chez soi ou dès l’arrivée au domicile.

    Cela ne permet pas d’éliminer le risque de se contaminer en touchant les surfaces et son visage entre ces lavages.

    Cerise sur le gâteau : Le lavage des mains aux lavabos peut se réaliser sans mesure de distanciation physique. Car les lavabos ne sont pas toujours en nombre suffisant dans certains établissements.

    COVID 19 : L’ÉCOLE, PARENT PAUVRE DE LA PRÉVENTION SANITAIRE - 2 sur 2

    Image par ivabalk de Pixabay

    PREMIÈRE CONCLUSION : UN PROTOCOLE SANS TOUS LES MOYENS

    Les réactions du terrain faites à l’annonce du "protocole sanitaire renforcé" de janvier montre à l’évidence  qu’il n’y a pas grand chose  de plus pour améliorer en réalité la sureté sanitaire des écoles et établissements scolaires et donc protéger mieux les élèves et les enseignants.

    Certains médecins demandent un allongement des  vacances de février  pour aider à ralentir l’épidémie. Le ministre ne veut pas en entendre parler  ajoutant que « le scénario privilégié est celui du maintien des élèves autant que possible en présentiel ».

    Le problème est que le présentiel dans les collèges ne permet pas de respecter le protocole en termes de brassage. Il faudrait selon les acteurs de terrain, l’application d’une jauge à 50 % et pour cela des locaux et des personnels supplémentaires pour pouvoir mettre en place des demi-groupes... ce que n’a pas prévu à l’évidence le ministre.

     

    J’y reviens dans l’épisode 3

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