• Rythmes et refondation de l’Ecole (suite) : où va-t-on ?

    Rythmes et Refondation de l’école (suite) : où va-t-on ?Samedi 12 janvier, j’ai eu l’occasion de participer à une journée des parents organisée par la FCPE* nord  sur  des points essentiels touchant à la refondation de l’école  comme la note, les devoirs ou les rythmes. 

    Cet événement est  tout à l’honneur de la FCPE Nord  qui a ainsi pu permettre à des parents et des responsables militants du département de se rencontrer, d’échanger et de réfléchir sur  l’école du futur notamment lors d’ateliers durant toute la matinée. C’est sans  nul doute une expérience à renouveler et dont les instances du ministère de l’éducation nationale devrait s’inspirer pour les mois qui viennent pour  lancer une véritable sensibilisation et une vraie information  pour que la refondation de l’école ne soit pas une fois de plus une affaire de ministres, d’élus et d’administratifs  qui vont faire appliquer des décrets sans qu’il y ait véritablement une véritable mobilisation et une vraie réflexion éclairée là où cela doit être à savoir dans les écoles et les quartiers de villes.

     

    Rythmes et Refondation de l’école (suite) : où va-t-on ?L’après-midi était organisée une table ronde réunissant des personnalités dignes d’intérêt dont il convient  de féliciter la FCPE Nord d’avoir pu les rassembler ce jour-là  pour amorcer le débat et informer.   

    La présence de Patrick Kanner, président du Conseil général du Nord  donna le tempo. Il exposa  les objectifs du PEGD (Le Projet Éducatif Global Départemental)  qui prend  en compte « la scolarité, la santé, la mobilité, le sport, la culture, l’environnement familial… parce que les préoccupations de la jeunesse du Nord sont multiples et pas seulement scolaires ».

    Je retiens pour ma part  les interventions de  Pierre Frackowiak,  ancien inspecteur de l’Education nationale nordiste, connu pour ses analyses très intéressantes sur le fonctionnement du système éducatif qui a entre autre pu faire un plaidoyer excellent et très bien argumenté pour une évaluation positive des élèves qui a toute sa place dans la refondation.  (Co-auteur avec Philippe Meirieu de "L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ?")

    Claire Leconte, chrono biologiste et psychologue, elle aussi du Nord, a apporté nombre de ses remarques et  argumentations issues d’expériences de terrain - qu'elle mène depuis de nombreuses années - pour éclairer les débats au niveau national dans les travaux sur la refondation de l ‘école. 

    Enfin, Yves DURAND, ancien maire de Lomme, député  et rapporteur à l’assemblée nationale de la loi sur la refondation de l’école complétait avec Jean -Jacques HAZAN le panel des interlocuteurs pouvant apporter des réponses aux préoccupations des parents présents. .

    Rythmes et Refondation de l’école (suite) : où va-t-on ?Pour en revenir notamment aux rythmes, je noterai d’abord  les précisions de Claire Leconte quant à la  nécessité de considérer les  rythmes de toute la vie l’enfant plutôt que de s’en remettre à d’hypothétiques rythmes scolaires. En très court résumé pour ce qui concerne la journée et la semaine de l'enfant et du jeune:

    -      L’après-midi n’est pas équivalente au matin  du point de vue des capacités de concentration, d’apprentissages nouveaux.   La matinée est à privilégier par rapport à l’après-midi. Claire Leconte   suggère  d’allonger les matinées de classe avec des moments  de pause  et « en alternant  des  séquences coûteuses cognitivement et d’autres qui le sont moins ». L’avantage d’un tel allongement est qu’on peut inscrire au cours de ces temps forts toutes les activités du programme, « y compris celles souvent reléguées à des moments connus de moindre capacité attentionnelle sous le prétexte qu’elles sont  moins importantes ». Elle a fait remarquer   que ce sont justement les dites activités  qui « parfois, peuvent aider certains enfants en difficultés à l’école à faire la preuve de leurs compétences ».  

    -      En bref, il faudrait organiser   la journée en « Jour éducatif » avec  des temps éducatifs scolaires et des temps éducatifs non scolaires et « permettant d’organiser différemment les matinées d’apprentissage et les après-midis que ce qui se fait actuellement. » 

    -       Le choix du mercredi matin « travaillé »  ne semble pas pour elle être le bon. Il eut été meilleur de choisir le samedi ce qui aurait évité  la  «  désynchronisation » du week-end de deux jours  qui dérégule vraiment l’horloge du rythme veille-sommeil des enfants.  Cette dérégulation  ne se rencontre pas le mercredi puisque les enfants en général ont à peu près le même rythme veille- sommeil que les autres jours de la semaine.

    Je ne ferai pas ici toute la démonstration bien argumentée et très convaincante de Claire Leconte . J’en retire ce qui apparait de mon point de vue essentiel. J’invite ceux qui veulent  avoir plus de détails à aller sur  le site du Café pédagogique   http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2013/01/03012013Article634927851651035722.aspx 

    et/ ou à lire son livre « Des rythmes de vie aux rythmes scolaires » aux Presses Universitaires du Septentrion.

    Pour ma part, j’ai été touché par nombre des précisions exprimées qui me permettent d’ajuster  et de rectifier les réflexions que j’avais faites jusqu'ici sur le sujet et que j'ai exposées dans mes précédents papiers  en militant pour une vraie refondation.

    Je fus déçu des réponses non apportées par Yves DURAND aux questions essentielles concernant le décret de loi sur les rythmes « dits scolaires » soumis à l’approbation du Conseil Supérieur de l’Education Nationale le mardi 8 janvier.

    Mais, comme il l’a dit lui-même, Monsieur Durand, même s’il est rapporteur du projet de loi sur la refondation  n’est pas le ministre de l’éducation nationale.  Il a dit qu’il était personnellement en accord avec les propos de Claire Leconte sur le fait qu’il fallait bien se préoccuper des  rythmes de l’enfant et du jeune dans leur ensemble même s’il a continué d’utiliser le terme de « rythmes scolaires ».  Monsieur Durand connait le sujet. C’est un homme de terrain : sa commune a mis en place les moyens d’une expérimentation  d’aménagement du temps de qualité qui, il le sait, requière l’adhésion de tous les partenaires.

    Rythmes et Refondation de l’école (suite) : où va-t-on ?Il n’ a cependant pas voulu ou su expliquer pourquoi le projet de décret s’entête à mettre le mercredi comme la demi-journée supplémentaire de la semaine de cinq jours au lieu du samedi dont Claire Leconte prouve à l’évidence que c’eut été un bien meilleur choix dans l’intérêt de l’enfant .

    A la question que j’ai pu poser sur le fait qu’il n’y ait pas obligation pour les collectivités de mettre en place un projet territorial  (le terme « peut » au lieu de "doit" du décret), il m’a répondu que cela pourrait être l’objet d’un amendement lors des débats à l’assemblée. Dont acte.

    Pour ce qui concerne le fait que la collectivité locale  et le conseil d’école peuvent proposer chacune et chacun indépendamment une organisation scolaire, il n’y a pas eu de réponse sauf peut-être un acquiescement personnel. Monsieur Durand n’a pu hélas aller plus loin  dans ses explications, le temps jouant contre la montre.

    En effet , dans la prise de décision sur l’organisation de la semaine, le texte du décret prévoit que le directeur académique des services de l'Éducation nationale (DASEN)  devra se prononcer suite aux propositions d'organisation de la journée et de la semaine scolaire, issues soit du conseil d'école, soit du maire .  

    Ce n’est pas à mon sens ce qui fera avancer la cohésion et le débat sur des projets territoriaux : Cela pourrait signifier qu'une proposition et une décision d'organisation peuvent être prises contre l'avis du Conseil d'école et donc des enseignants et des parents. C’est la porte ouverte à tous les conflits et cela pourra gêner un partenariat souvent difficile à construire.  

    C’est un point fondamental si on veut pas retomber dans le travers qui a été celui de la mise en place de la semaine de 4 jours mettant parents et enseignants devant le fait accompli d’une décision d’organisation de la rentrée scolaire prochaine parce qu’une fois de plus on veut aller trop vite et mettre en place une organisation avant d’en avoir élaboré de manière partenariale le contenu.   

    La rentrée prochaine c’est pour bientôt. Le temps manquera pour qu’il y ait véritablement l’information nécessaire pour mobiliser vraiment toutes les écoles pour que conseils d’écoles puissent proposer une organisation  véritablement bien éclairée qui aura été mûrement pensée en partenariat et qui sera dans l’intérêt de l’enfant. 

    Je suis donc inquiet pour la suite si le projet de décret n’est pas modifié.

    Rythmes et Refondation de l’école (suite) : où va-t-on ?Il n’est cependant  pas trop tard pour avancer vraiment et repartir du bon pied et sortir de l’impasse actuelle (le décret n’a recueilli que 5 voix d’approbation sur 72 au conseil supérieur de l’Education Nationale)

    Je l’ai dit dans mon article du 9 septembre 2012 :

    « La refondation de l’école ne doit pas être « ratée » et bâclée pour cause d’impatience et de lobbyings. Pour une fois, travaillons sérieusement. La volonté est là et ne cédons pas aux pressions. » 

    Le projet de décret  ne jetant pas les bases d’une véritable refondation, il faut le retravailler.

    Dans l’attente, il faut clairement annoncer un plan d’actions significatives qui vont permettre de redonner la confiance et mobiliser afin d’aller vers la mise ne place d’une refondation qui ne se fera pas d’un coup de baguette magique - chacun le sait - mais qui sera l’œuvre d’une mobilisation de tous les acteurs éducatifs motivés.

    Je propose quelques pistes  non exhaustives :

    Ainsi que je disais dans un article précédent, il faut immédiatement recréer dans les académies la vraie concertation et le débat avec tous les partenaires, pour avancer et  pour préparer la prochaine rentrée des classes sans pour autant préjuger des résultats des travaux sur la refondation de l’école. 

    Les sujets de réflexions et d’actions ne manquent pas pour construire tout de suite et redonner la parole. Le CDEN (Conseil départemental de l’Education nationale)  peut être le lieu de cette réflexion.  

    Il y a   urgence, en attendant la refondation, à commencer de remettre des moyens humains à l’école et en accélérer le mouvement car il ne faut pas que les élèves et les maîtres puissent encore souffrir cette année du manque d’encadrement, de non remplacements, du manque de formation des nouveaux enseignants…  Le travail de la carte scolaire commence dans les académies : c’est l’occasion de  réactiver la confiance des équipes pédagogiques sans lesquelles il ne sera rien fait.   Je constate maheureusement que les dotations académiques en postes ne seront pas à la hauteur, dans ce département et pour réparer les dégâts des fermetures de l'année dernière et aller vers des dispositifs comme "plus demaîtres que de classes" ou l'accueil des enfants de 3 ans en maternelle.

    Rythmes et Refondation de l’école (suite) : où va-t-on ?Il est indispensable d’abroger, pour la prochaine rentrée, le décret sur la semaine de 4 jours mise en place à la hussarde par Xavier DARCOS et revenir à l’organisation antérieure avec le travail le samedi (et des dérogations pour ceux qui travaillaient déjà le mercredi) : c’est vital si on veut casser les incidences nuisibles de la semaine de 4 jours et pour les enfants et pour les maîtres  : fatigue, énervement, saturation, casse du lien parents enseignants… Il suffit d’aller sur le terrain pour constater les dégâts humains.    Il faut redonner de l’oxygène…

    Il ne faut pas que le ministre Vincent Peillon prennent des décisions en fonction des sondages sur la préférence des parents entre le samedi et le mercredi. Ce n’est pas en faisant cela que l’on met en place une vraie politique. C’est pourtant ce que je crains.  

    Il est urgent de lancer tout de suite un travail de concertation avec les syndicats des personnels du premier degré sur la revalorisation de leur fonction, leurs horaires, leurs missions. Il est plus que temps de redonner confiance à ce personnel qui accomplit injustement le plus grand nombre d’heures de service de la catégorie des professeurs avec des charges de travail importantes. Il faut leur donner les moyens humains et  les temps de concertation nécessaires pour changer leurs pratiques de prise en charge des enfants durant le temps éducatif scolaire. Ceci doit se faire bien sûr indépendamment de l’objet de l’organisation des rythmes de la semaine  qui ne doit pas être un enjeu de négociations ou salariales ou de statut.  

    Le point incontournable : l’INFORMATION

    (symbole information, auteur Amada 44, domaine public) 

     

    Rythmes et Refondation de l’école (suite) : où va-t-on ?Pour que puissent se travailler les projets pédagogiques territoriaux futurs, il faut mettre les moyens d’une immense campagne d’information sur ce qui doit être le centre de la  refondation de l’école (et y compris au collège et au lycée) : les rythmes, l’importance de l’alternance équilibrée veille/sommeil…    On en parle beaucoup. Mais à tout bien considérer l’info est parcellaire, peu diffusée. Combien d’enseignants et de parents ou de responsables de collectivités locales sont bien informés sur le sujet ?  Pour faire des projets cohérents il faut que tout le monde soit au même niveau d’information. Ensuite on peut discuter, réfléchir, se remettre en cause, débattre et proposer, construire dans la transparence.

    La mobilisation des moyens d’information est possible si le gouvernement s’en donne la peine et utilise aussi- mais pas seulement- les possibilités du service public de la télévision.

    Bien sûr, il faut faire ce qui est prévu pour les programmes, la formation des maîtres, la rénovation pédagogique, l’évaluation…

    Le ministre a encore 4 ans  pour faire que se construise,par étapes, la refondation . Il doit, je l’ai dit par ailleurs, rester « zen » et ne pas céder aux pressions.

    Pour conclure provisoirement, je reprends les termes d’un de mes écrits de septembre 2012 :

    « Une vraie refondation doit révolutionner les rythmes et la pédagogie en osant  bousculer les systèmes en place.

    Il faut commencer par les choix des programmes et des objectifs qui doivent refléter  les priorités nationales d’instruction et ce qui doit être enseigné aux élèves en fonction de leur âge.

    Une vraie refondation ne sera possible que si on abandonne tout de suite le débat actuel et tronqué  des vacances scolaires.

    Les préoccupations  des vacances doivent venir après l’essentiel : Les contenus de l’instruction, la pédagogie, les rythmes journaliers, ceux de la semaine et de l’année. Le problème n’est donc  pas pour l’instant de discuter du raccourcissement ou non des vacances d’été, de savoir qui cela va avantager ou pas - parents, professeurs, tourisme...- (comme on le voit sur certains forum) mais bien de mettre tout à plat et construire de manière sensée les dispositifs avec lesquels les enfants et les jeunes vont être pris en charge à l’école en équilibre avec leurs autres moments de vie. »  

     La réussite de tous les enfants   est un défi à relever.  Il faut révolutionner l’ensemble des dispositifs existants et bâtir l’Ecole qui permettra à nos enfants et petits-enfants de construire leur avenir avec les meilleures chances de réussite, ce mot étant pris dans le bon sens du terme à savoir d’abord réussite du plein épanouissement et de l’équilibre de chacune et chacun.

    Si le projet de décret n’est pas modifié , la refondation est mal partie...et ne sera pas.

    Mais le débat n’est pas clos…

    Patrick PATTE

     Rythmes et Refondation de l’école (suite) : où va-t-on ?

     (Le temps, image de synthèse réalisée avec Pov, 01/06/2007, auteur  Cajera, domaine public)

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