• NON, CHEF, NON...

    Depuis qu’il a été élu Président de la République Française, Emmanuel Macron semble apparaître partout comme « le Chef ».

    Après la marche triomphale le soir de son élection devant la pyramide du Louvre, la réception de Vladimir Poutine au Château de Versailles, les communications du G3 et du G20 sur commentées par les médias, il a continué de faire le spectacle présidentiel dans le cadre d’une cérémonie bien orchestrée le 14 juillet, comme chef des Armées, dans un Command-Car à côté du Chef d’État Major des dites armées, le général 5 étoiles Pierre de Villiers tout en invitant aux cérémonies Donald Trump, président des États Unis...

    Pour ce qui est de la cérémonie du Vel' d'Hiv avec Benyamin Nétanyahou , Premier ministre de l'État d'Israël, pas sûr que cela fut opportun et habile.

    NON, CHEF, NON...

    Pyramide louvre Courtyard of the Museum of Louvre, and its pyramid. This picture is a panorama made from stitching three pictures with Hugin Benh LIEU SONG - Own work - CC BY 2.

    De la même manière, il organise une heure et demi de discours pour s’adresser aux représentants de la nation pour rappeler son programme et place tous les verrous nécessaires pour contrôler sa majorité à l’assemblée nationale.

     (Voir mes propos sur http://quaiducitoyen.eklablog.fr/election-du-bureau-de-l-assemblee-nationale-une-belle-pagaille-a130623522).

    Tout cela veut montrer que le Président préside, commande, bref est « le Chef ».
    Il est vrai qu’il a essayé avec un certain succès de restaurer l’image traditionnelle du Chef de l’État pas mal abîmée par ses deux prédécesseurs, chacun à leur manière.

    En fait-il trop ou pas ? Je laisse juge chacune et chacun de ce que j’appellerai l’apparence.

    La question importante est de savoir, sous l’habit, ce qu’il en est de l’autorité du Chef de l’État. Car il ne suffit pas de paraître être « le Chef ». Encore faut –il se comporter comme tel.

    Pour ma part, je me contenterai du fond à savoir ce qui est effectivement fait et a une incidence positive sur la vie de tous les jours des français.

     

    NON, CHEF, NON...

    (le général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées françaises, le 23 avril 2014 à Arlington. (détail) Daniel Hinton, domaine public)

     

    CHEF, OUI, CHEF...

    Tout le monde se souvient de cette célèbre réplique du film « Full Metal Jacket”, un film de guerre britanno-américain produit et réalisé par Stanley Kubrick, sorti en 1987.

    Le groupe de nouvelles recrues dont fait partie le héros du film est pris en main avec brutalité par le sergent instructeur Hartman qui pratique une méthode fondée sur l'injure et l'humiliation,

    Ainsi pour faire référence à la réplique culte, il faut citer :

    « Sergent Hartman : Je suis le sergent d'armement Hartman et votre chef instructeur. A partir d'aujourd'hui, vous ne parlerez que quand on vous parlera et les premiers et derniers mots qui sortiront de votre sale gueule, ce sera "Chef" tas de punaises ! Est-ce bien clair ?!
    Tous les soldats : Chef, oui, Chef ! »

    Sans vouloir aller jusqu’à comparer Emmanuel Macron, Chef des armées, au sergent Hartman, je ne peux m’empêcher néanmoins de trouver dans l‘attitude de notre président un peu de cet esprit quand il a publiquement recadré devant un parterre de militaires,  le général 5 étoiles, Chef d’Etat major des armées contre ses critiques émises en interne sur le budget des armées :

    "Je considère qu'il n'est pas digne d'étaler certains débats sur la place publique", "J'ai pris des engagements. Je suis votre chef. Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir et je n'ai à cet égard besoin de nulle pression et de nul commentaire".

    Je ne contesterai pas la légitimité de son élection. Il est le Président élu et donc Chef des Armées.

    Mais qu’a donc fait ce général pour mériter un tel blâme public qui est une humiliation compte-tenu de ses états de service et du rôle qu’il a joué pour notre défense ?

    Le général Pierre de Villiers a en effet protesté devant la commission parlementaire de la Défense, à huis clos, contre les restrictions budgétaires pour l'armée dans le budget 2017.

    La commission n’est elle pas faite pour entendre les avis ? Ce qui permet ensuite aux parlementaires de se faire un jugement. Pour mémoire, le parlement doit en principe contrôler l'action du gouvernement... Pierre de Villiers a estimé qu’il ne fallait pas réduire le budget de l’armée en donnant probablement des raisons. C’est son droit et même son devoir. Le Chef d’Etat Major des Armées est le conseiller militaire du Gouvernement. Sous l'autorité du ministre de la Défense, il est responsable, entre autres choses, de l’organisation interarmées et de l’organisation générale des armées, de l’expression du besoin en matière de ressources humaines civiles et militaires des armées et des organismes interarmées, de la définition du format d’ensemble des armées et de leur cohérence capacitaire, de la préparation et de la mise en condition d’emploi des armées. « Il définit les objectifs de leur préparation et contrôle leur aptitude à remplir leurs missions. Il élabore les doctrines et concepts d’emploi des équipements et des forces. » Responsable du soutien des armées, « Il en fixe l’organisation générale et les objectifs. Il assure le maintien en condition opérationnelle des équipements. »  Ce n’est donc pas rien et il l’a assumé durant plusieurs années sous le ministère de LE DRIAN.

    Je n’entrerai pas dans le débat de savoir si le général a raison ou non de contester la baisse du budget de l’armée, ce n’est pas le sujet. Mais il est clair qu’il a le droit d’exprimer sincèrement les besoins en hommes et en matériel de ses forces et de dire, à huis clos devant la commission sa vérité.

    Une fuite a donc eu lieu et le contenu de ses propos est parvenu aux oreilles du Président.

     

    NON, CHEF, NON...

    (auteur Clker-Free-Vector-Images, CC0 domaine public)

     

    AUTORITÉ OU AUTORITARISME ?

    Il me semble qu’Emmanuel Macron ne s’est pas placé à la hauteur qu’il fallait car il a choisi de mettre lui-même sur la place publique un différent qui aurait dû se régler entre le Chef de l’État et le Chef d’État Major dans le cadre d’un échange entre responsables. Tout aurait été réglé soit par le départ soit par le maintien du général de Villiers.

    S’il est légitime qu’il ait le dernier mot sur le sujet, Emmanuel Macron a, me semble –t-il , fait une erreur en voulant mettre l’accent aux yeux des militaires et des français sur le fait qu’il était « le Chef des Armées » ce que personne n'a contesté. En humiliant publiquement Pierre de Villiers, il veut prouver qu’il a de l’autorité. Dans ce cas, pour ma part, j’estime qu’il a tout au contraire montré qu’il avait peur que cette autorité soit contestée et a fait aveu de faiblesse. Par une réaction autoritaire il donne lui-même un coup  à son autorité qui est en principe légitime.

    Cela me donne donc  l’impression qu’Emmanuel Macron n’accepte pas d’être contesté ou a peur de l’être ou ne veut pas écouter la contestation comme si il avait lui seul la vérité.

    Cela s’est confirmé quand son porte-parole, Christophe Castaner, s’en est venu à déclarer : «Le chef d'état-major a été déloyal dans sa communication, il a mis en scène sa démission. », ceci le jour même où Le président Macron était en visite sur la base aérienne de dissuasion nucléaire d'Istres pour tenter de refaire une opération charme auprès des forces armées ...

    A l’évidence, la lettre d'adieu du général sur Facebook ainsi que la teneur de son communiqué de départ, n'ont pas été appréciés :

    « « Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays ».

    Qu’on ne me dise pas que le Président n’était pas au courant de ce que j'appelle  la maladroite intervention de Christophe Castaner.

    Pourquoi remettre de l’huile sur le feu si ce n’est une fois encore montrer qui était le patron, le Chef ?

    Cela fait un peu beaucoup, Chef !

    QUESTIONS QUE JE SUIS EN DROIT DE ME POSER...

    Quelle est la limite que met Emmanuel MACRON entre l’autorité et l’autoritarisme ?

    Le fait de vouloir faire passer la loi modifiant le Code du Travail, par exemple, par ordonnances n’est-ce pas faire preuve d’autoritarisme vis à vis de sa majorité et du parlement, un peu comme le 49.3 utilisé par Manuel Valls lors justement de la fameuse loi EL KHOMRI ?

    N’est-ce pas faire preuve d’autoritarisme que de se passer du débat à l’assemblée ? Le motif est de faire vite. Mais doit-on aller vite pour modifier le code du travail, élément très important des protections des travailleurs ? Je ne le crois pas.

    De l’autorité à l’autoritarisme la ligne peut être vite franchie car le motif peut être l’intimidation...pour ne pas être contesté.

    Est-ce un signal envers les directeurs ou autres "hauts fonctionnaires" des administrations ?

    Attention donc aux dérives...

    Pour ma part, j’estime que l’autorité  d’un Chef de l’État doit aller de soi. Elle n'a pas besoin d'être rappelée par celui là même qui devrait la détenir ou sinon c'est qu'il y a problème...

    Je constate pour l’instant que l’on assiste plus à du verrouillage pour qu’il n’y ait pas une seule tête qui dépasse.  

    Au gouvernement les ministres ne communiquent pas. Ordre du Chef. Mais je veux bien le comprendre si c’est une véritable équipe qui en a pris la décision et veut travailler.

    Par contre, à l’Assemblée nationale le verrouillage est complet : à part celle des finances, toutes les commissions sont présidées par des députés de LREM, les vice-présidences du bureau de l’assemblée également. Il semble bien aussi qu’il est difficile de travailler dans les commissions. De nombreux exemples en sont donnés pour l’examen de la loi d’habilitation des ordonnances. Cela peut-il durer? En principe un chef doit pouvoir faire confiance à ceux qui l'ont porté au pouvoir et inversement. Là est la vraie autorité.

    NON, CHEF, NON...

    (auteur bykst, CC0 domaine public)

    Je pense que l’autorité d’un Chef d'État si elle peut apparaître dans l’image qu’il se donne comme l’a fait Emmanuel Macron en endossant les habits de Président de la République, elle doit aussi se traduire dans les paroles et les actions qui vont suivre durant le quinquennat et pas seulement dans des actes symboliques.

    Je ne nie pas qu’Emmanuel Macron veuille être un Chef et en assumer les responsabilités.

    Il n’en reste pas moins vrai que s’il veut que son autorité soit réelle et ne soit pas celle d’un Roi vis à vis d’une Cour, il doit avoir la capacité d’écouter et comprendre les autres et d'abord ceux qui lui ont fait confiance et de le montrer par des actes ad hoc.

    Il doit savoir gérer la contestation non pas en rejetant celle-ci mais en essayant d’en comprendre la raison, en entamant le dialogue et même si légitimement il peut ne pas y céder, dans tous les cas, il doit en expliquer clairement les raisons en respectant l’avis de l’autre.

    C'est ainsi que l'autorité se gagne et que le respect s'installe et qu'on peut entrainer l'adhésion et éviter les déceptions...
    Des signes montrent déjà parmi certains adhérents d'"En Marche" que, notamment pour le fonctionnement du parti, des désaccords se pointent. A suivre...

    Emmanuel Macron va de toute façon devoir faire des efforts d’explications et de cohérence vis à vis des français qui n'ont pas tous , loin de là, adhéré à son programme, pour expliciter de manière claire et complète le pourquoi des mesures qu’il est en train de vouloir mettre en place tant au niveau de l’Éducation qu’au niveau de ses réformes fiscales, par exemple.

    Il ne doit pas oublier que s’il a été élu et qu’il est donc légitimement le Président de la République Française c’est avec 20 753 798 voix soit 43,63 % des électeurs inscrits ou 66,10% des électeurs exprimés. Mais le vote d’adhésion ne lui été acquis au premier tour qu'avec au maximum 23,75 % des suffrages exprimés soit 8 433 346 voix qui représentent 18,21% des électeurs inscrits. Je crois qu’Emmanuel Macron devrait faire preuve d’humilité et écouter les autres ceux qui ont voté "MACRON" contre Marine le Pen mais pas pour son projet.

    Sinon, il sera dans la même posture que Jacques Chirac en 2002.

    Il a, hélas, réaffirmé après son élection et avant celle des législatives :

    «La cohérence que nous portons depuis le début est celle d’un changement cohérent. Et je n’en perdrai pas le fil, c’est pour cela que j’ai entendu ces derniers jours les appels à modifier mon programme, à dire faites une concession, rassemblez et changez le projet sur le travail. Je ne le ferai pas».

    Le président MACRON a voulu faire croire que le rassemblement aurait lieu si les français votaient pour ses candidats aux législatives. Cela ne s‘est pas produit

    En réalité, le socle de légitimité de l’élection à l’Assemblée nationale s’est rétréci comme cela n’a jamais été vu sous la 5ème république avec une abstention record de 57,36% ce qui confirme les remarques que j’avais faite pour le premier tour de l’élection : c’était le signe que notre système démocratique était plus que malade voire moribond.

    La preuve en est que si La République en Marche obtient donc 308 députés c’est sur la base de 16,55 % des électeurs inscrits soit 7 826 432.

    C’est donc les représentants d’un sixième des électeurs qui feront la politique de la France pour les 5 prochaines années.

    Emmanuel MACRON a utilisé un faux semblant qui consiste à se dire de droite et de gauche pour essayer de faire croire au français que grâce à son programme, les clivages ne vont plus exister et donc qu’il fera progresser la société et réduira les difficultés qu’ont les citoyens pour y vivre.

    Ce n’est pas pour l’instant le chemin qu’il a pris. On peut citer par exemple la diminution des APL et son augmentation générale de la CSG sur lesquelles je reviendrai.

    Hé oui, Chef... attention à l'atterrissage.

     

    NON, CHEF, NON...

    (A USMC Paratrooper, image modifiée, CC0 domaine public)

     

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