• LES GRIGNOTAGES DE LA LOI DE 1905 ET LA LAÏCITÉ- 4/6 -

    LES GRIGNOTAGES DE LA LOI DE 1905 - 4/6 -( Domaine Public, Loi de séparation des Églises et de l'État. Page 1 - Archives Nationales - AE-II-2991.jpg            image  modifiée distorsion  2 P. Patte 01/03/2015)

    L’œuvre de contournement de la loi de 1905 amorcée depuis 1959, confortée sous les différentes législatures, renforcée sous la législature Sarkozy , continue sous la présente malgré toutes les déclarations y compris celles du candidat François Hollande lors de sa campagne des présidentielles. La laïcité perd du terrain en France et ce n’est pas un hasard mais le produit des compromissions de nombre de politiciens avec le religieux comme décris par les faits dans mes précédents articles...

    En affirmant cela, je ne me situe que comme citoyen, donc laïque, qui respecte les croyances et philosophie des autres citoyens mais qui n’aime pas être trompé par les discours et les actes contradictoires de ceux qui nous gouvernent. J’estime que depuis 1905, la laïcité ne cesse d’être attaquée et qu’elle court un danger d’autant plus important qu’elle n’est pas véritablement défendue mais galvaudée par certains politiciens, responsables religieux et idéologues divers qui tirent à eux la couverture du chacun pour soi appliquant sans doute la maxime : « Aide toi, le ciel t’aidera... » .

    LES CONTOURNEMENTS DE LA LOI DE 1905 POUR CONTINUER DE FAVORISER L’ECOLE CATHOLIQUE SOUS LA LÉGISLATURE DE FRANÇOIS HOLLANDE

    Un exemple flagrant d’une intervention écoutée et preuve d’une prise en compte par le gouvernement de François Hollande du réseau de l’enseignement privée, c’ est celui concernant les rythmes scolaires. Au moment de la mise en place du décret Peillon en 2013, on entend cette déclaration d’Eric de Labarre, secrétaire général de « l'enseignement catholique » : "Nous sommes à la recherche d'un accord avec le ministère,.... Nous souhaitons qu'il exprime officiellement sa volonté que le privé entre dans la réforme, sous la forme d'un protocole ou d'une déclaration commune." ( Le Monde de l’Education du 26 février 2013) . En effet selon un statut à part lié à la loi de 1959, qui définit leur "caractère propre", les directeurs des écoles privées sont libres de l'organisation du temps scolaire dans leurs établissements.

    C’est donc bien une intervention directe d’un réseau de l’enseignement catholique qui n’a pas, selon la loi, à se faire reconnaître comme entité représentative pour négocier au nom des écoles catholiques. Un nouveau détournement ou une pression auquel Vincent Peillon et le gouvernement cèdent.

    Depuis, des écoles privées reçoivent de l'argent de l’Etat pour la réforme des rythmes scolaires  : il leur suffit d’organiser la semaine scolaire sur neuf demi-journées d’enseignement. Est- bien ce légal ? Jusque là le financement des activités post et périscolaires des écoles privées étaient interdites.

    Il faut savoir de plus que les écoles privées sous contrat n’ont aucune obligation d’appliquer la réforme et peuvent rester à 4 jours de classe. On voit donc bien que nos gouvernants ne veulent pas faire appliquer la soi disant réforme aux écoles privées pourtant sous contrat et subventionnés et dont les enseignants sont payés par l’Etat. La loi le permet va-t-on rétorquer. Alors il n’y a qu’à la changer !

    Non seulement le décret Peillon a été électoralement fait pour ne pas toucher au fameux samedi libéré dans le public mais, en plus, il laisse aux parents qui veulent conserver le rythme de la semaine de 4 jours la possibilité de s’inscrire dans le privé ce qui a été fait à la rentrée 2014.

    Si ça n’est pas céder aux pressions du réseau de l’enseignement privé et favoriser les établissements privés...Qu’est-ce donc ? L’hypocrisie a été ici majeure.

    LES GRIGNOTAGES DE LA LOI DE 1905 - 4/6 -(Frontispice et titlepage de "Tartuffe ou l'Imposteur" à partir d'un 1739 recueil de ses œuvres en français et en anglais, imprimé par John Watts. Domaine public)

     

    LES GRIGNOTAGES DE LA LOI DE 1905 - 4/6 -

     

     

     

     

     

     

     

    PEUT ETRE DISPENSEE D'AFFICHAGE SUR

    LES SAINTS MURS 

    DES ÉCOLES CATHOLIQUES

    SOUS CONTRAT AVEC L'ETAT

    Signé: 

         Vincent PEILLON, Ministre de l'Education Nationale

    Lu et approuvé: 

                                l'Eglise catholique       

                                       AMEN

    Un autre exemple : le 1er octobre 2013, lors de son point de presse, le même secrétaire général de « l’enseignement catholique »aborde la question de la Charte de la laïcité « Le document  ministériel  ne s’applique  pas aux établissements  privés  associés  à l’Etat  par contrat, et cela me paraît tout à fait logique. »«La laïcité républicaine, nous y adhérons pleinement. En revanche, la laïcité des établissements, nous ne pouvons y souscrire».

    Et le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon prend en compte l’avis des ecclésiastiques et cède de nouveau en n’obligeant pas à l’affichage de la charte.

    Y aurait-il donc une laïcité différente selon qu'on soit élève de l'enseignement public ou de l'enseignement privé sous contrat avec l'Etat?

    L’influence de ce réseau se fait de plus en plus importante et ce qui est grave c’est que les gouvernements de François Hollande y succombent sans résistance aucune.

     

    Troisième exemple : la loi Carle . Par ce texte les municipalités seront désormais tenues de financer des écoles privées d’autres communes, si leurs résidents ont choisi d’y scolariser leurs enfants comme je l’ai décrit dans mon article précédent.

    Malgré les demandes de nombre d’acteurs de l’école publique, la loi ne sera pas abrogée mais simplement mise en observation par le pouvoir socialiste actuel. Pourtant en 2009, lors du passage de la loi à l’assemblée nationale , les groupes socialiste, radical et citoyen (SRC) et de la gauche démocrate et républicaine (GDR, PC et Verts) se prononcent contre parce que selon eux « Ce texte va organiser l’exode scolaire (...), assécher, désertifier les écoles rurales (...) les quartiers de banlieue dits défavorisés. » (propos du député socialiste Yves Durand, futur rapporteur de la loi sur la refondation de l’école). Quand à la défense de la Laïcité...ça ne faisait pas partie des motifs du vote contre. A chacun de juger de la fiabilité des dires de nos politiques.

    Maintenant se met en place la « Fédération nationale de l’enseignement privé musulman (FNEM) » qui émane de l’ « Union des organisations islamistes de France (UOIF) ».

    Nul doute que le temps viendra bientôt où la pratique fera qu’on contournera de plus en plus la loi Debré qui ne reconnait que les établissements privés un à un et non un réseau, pour revendiquer, comme l’enseignement catholique  la fameuse « parité ».

    A quand une fédération de toutes les écoles privées toutes confessions confondues pour accentuer la concurrence ?

    C’est en route !

    Car c’est bien cela l’objectif : LA PARITE avec l’ECOLE PUBLIQUE. Cette parité n’est –elle pas contraire à la constitution de notre république laïque ? 

    LES GRIGNOTAGES DE LA LOI DE 1905 - 4/6 -

    François Gérard - Signature du Concordat entre la France et le Saint-Siège, le 15 juillet 1801, Domaine Public

    FRANCOIS HOLLANDE ET LE CONCORDAT ALSACE-MOSELLE

    François Hollande, malgré ses promesses de campagne, n’a pas non plus le courage - comme en 1924 le cartel des gauches-  d’étendre la séparation de l’église et de l’Etat en Alsace- Moselle comme dans toute la France, continuant donc ainsi à favoriser les églises dans le cadre d’un concordat qui n’a pas lieu d’être et qui est une atteinte flagrante à la laïcité sur notre territoire.

    Et l’UMP et le Front national s’en frottent les mains car eux aussi sont pour le maintien.

    Question légitime d’un citoyen »lambda » que je suis  : comment concevoir que l’Etat interdise le « voile » dans les écoles publiques (et je suis contre tous les signes religieux à l’école) alors que sont payés, sur les impôts de tous les Français, athées, agnostiques, bouddhistes... chrétiens et musulmans, les salaires des pasteurs, des rabbins et des curés qui organisent un enseignement religieux dans les établissements scolaires des trois départements français  en question ?

    En effet, les évêques, les prêtres, les rabbins et les pasteurs étant toujours assimilés à des fonctionnaires et l'entretien des bâtiments payé par l'État nous rémunérons sur le budget national 1 400 ministres du culte (1 059 prêtres, 306 pasteurs et 28 rabbins) sur la base du salaire des professeurs des écoles, pour un coût de 58 millions d'euros selon le budget 2013. 

    De qui se moque-t-on?

    La validité de cette exception a été confirmée en février 2013 par le conseil constitutionnel.

    Le régime concordataire n'a jusque là pas été étendu au culte musulman. Toutes les religions bénéficient d’aides publiques pour la construction des lieux de culte.

    Mais ne sont ce pas les prémisses larvées vers l’extension du concordat dans toute la France ?

    La libéralisation de l'enseignement  pour détruire l'école publique n'est-elle pas en marche? On peut le craindre.

    J'y reviendrai...

    QUAND LA PUISSANCE PUBLIQUE ARRÈTERA-T-ELLE DE FINANCER SA PROPRE CONCURRENCE ? 

    Lors de sa campagne présidentielle de 2012, François Hollande avait dit que «l'Ecole de la République n'a jamais été à ce point attaquée (...) qu'au cours de ces cinq dernières années», dans ses moyens comme dans ses missions. Il avait annoncé une « refondation » et «un nouveau contrat entre l'Ecole et la Nation, un pacte éducatif».  Ce ne sont pas seulement les cinq dernières années qu'il fallait prendre en compte mais toutes les législatures car le concordat Alsace/moselle n'est pas d'aujourd'hui et toutes les lois encore appliquées comme les lois Guermeur, Marie, Barangé... existent toujours et ont été confortées  mais pas remises en cause par les 3 gouvernements qui viennent de se succéder ni d'ailleurs par les 3 ministres de l'éducation nationale des dits gouvernements, bien au contraire.

    Sil est vrai que des moyens ont été remis à l’école publique, moyens qui ne compensent pas les pertes et la casse de l’école publique sous l’ère « Sarkozy », la refondation se fait attendre. On a vu ce qu’a donné le non réforme des rythmes dits scolaires. L’enseignement privé continue d’être favorisé comme je l’ai démontré précédemment avec toujours plus de compromissions.

    Pas plus qu’en 1981, malgré les promesses électorales pour la mise en place d’un grand service public de l’éducation nationale, les gouvernements de François Hollande ne prennent les décisions nécessaires pour faire cesser la montée de l’école privée pour concurrencer l’école publique bien au contraire.

    Peut-on encore qualifier de de "gauche" un parti socialiste qui continue de laisser faire?

    Doit-on continuer de favoriser à ce que les communautés puissent se séparer de l’école de la république pour organiser leurs propres écoles ? Où est l’intérêt alors qu’il est clamé par nos gouvernants le « vivre ensemble » des citoyens et la défense de la laïcité pour ce faire?

    Aider à développer des écoles qui mettent des jeunes à part de l'école de tous les jeunes, c'est-à-dire de l'enseignement public laïc, me semble être une trahison regrettable et dommageable pour la cohésion nationale. Aider au développement d'institutions scolaires communautaires n’est-ce pas aider à la séparation des citoyens qui vont se replier dans des structures identitaires refermées sur elles-mêmes ?

    Cela existe déjà même si certaines écoles sous contrat disent appliquer la loi sur l’accueil des élèves quelles que soient leurs croyances. On peut aisément montrer dans les faits que pour certaines écoles confessionnelles c’est difficilement applicable...

     La suite au prochain épisode...sur la Laïcité.

    LES GRIGNOTAGES DE LA LOI DE 1905 - 4/6 -

           (Création Patrick Patte,  copyright 1er mars 2015) 

    *(Conseil de lecture: "Main basse sur l'école publique", de  EDDY KHALDI et MURIEL FITOUSSI. Le premier   est enseignant et a publié de nombreux articles sur la laïcité et l'enseignement, sujets sur lesquels il travaille depuis vingt-cinq ans. La deuxième est journaliste qui a mené des enquêtes pour Les Dossiers du Canard enchaîné, Libération, Paris Obs... Elle a publié en 2007 Femmes au pouvoir, femmes de pouvoir.)

     On y trouve "des faits, des actes, des décisions, des liens, des réseaux qui montrent les multiples connivences, qui depuis une trentaine d'années s'entendent pour lancer une OPA sur l'Ecole publique." (plus d'info sur http://www.main-basse-sur-ecole-publique.com/)

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