• LA REFORME DES RYTHMES : RETOUR SUR UN PASSE RECENT -2-

    Avant que d’aborder des pistes pour des solutions qui pourraient faire qu’on avance  pour sortir de ce bourbier des "rythmes scolaires", il faut examiner les conséquences sur le terrain de la mise en place de cette "non réforme".

    Les tentatives d’assouplissements du décret « PEILLON » par le ministre Benoît HAMON sont arrivées trop tard en fin d’année scolaire pour que puissent se modifier véritablement les nombreux  projets ou organisations horaires devant être rendues pour le 6 juin 2014 suite à un décret paru le 7 mai 2014!

    C’était pourtant prévisible : Une mauvaise appréciation des sphères gouvernementales qui n’appréhendent pas la réalité du terrain.

    LA REFORME DES RYTHMES : RETOUR SUR UN PASSE RECENT -2-

       (cour de récréation, image domaine public)

    TOUTES LES REALITES DU TERRAIN DES ECOLES N’ONT PAS ETE PRISES EN COMPTE

    A cette époque il aurait fallu, en effet, se rendre compte des réalités que vivent les écoles et les collectivités locales. Par exemple, on pouvait aisément apprécier que les petites communes rurales n’avaient pas le temps de se concerter avant le 6 juin 2014 ne serait ce que pour mutualiser leurs ressources pour tenter de libérer un après-midi par semaine pour les activités...

    Comme je le disais dans mon article du 19 juin 2014,   http://quaiducitoyen.eklablog.fr/non-monsieur-hamon-le-debat-sur-les-rythmes-n-est-pas-clos-a108295922 :

    « Annoncer la concertation tout en disant que le décret sera appliqué à la rentrée 2014 pour toutes les écoles, vu le temps qu’il restait à courir d’ici la fin de l’année, c’est se moquer des parents et des enseignants et faire croire à une concertation qui n’aura pas le temps de se mener. » « La fin de l’année scolaire avec sa surcharge de travaux à faire dans les écoles (passage de classes, orientation, ...) n’est pas propice à permettre de revenir sur des projets dans le cadre d’une vraie concertation de tous les partenaires....

    Qui peut croire qu'on allait pouvoir revoir sérieusement les projets afin qu'ils prennent en compte la globalité des rythmes de l'enfant là où ça n'a pas été fait c'est à dire dans de très nombreuses écoles et communes et ceci parce que le décret initial n'en a pas mis les conditions obligatoires?

    Et je ne parle pas des écoles où la lassitude des équipes pédagogiques, la fatalité, la démobilisation... ont fait que tout est  laissé en l'état sachant très bien qu'en ce qui concerne le temps scolaire, rien ne changera vraiment à la rentrée pour les apprentissages.

    Une vraie concertation ne se fait pas à la va vite.

    La concertation (et la réflexion) pour bâtir un projet éducatif global, là où elle n’a pas été menée, n’aura pas eu le temps d’être construite sérieusement. C’est le lot de milliers d’écoles.  On est et sera très loin de ce qu'on aurait pu construire pour mettre en place une réforme digne de ce nom du fait d'un décret inepte. Il n'y a donc pas de réforme. »

    Je persiste et signe.

    LA REFORME DES RYTHMES : RETOUR SUR UN PASSE RECENT -2-

                 (Four wise monkeys, auteur Bildforyou7 — Travail personnel, licenceCC BY-SA 3.0 )

    Monsieur Hamon a eu beau affirmer en direction des parents que « les équipes académiques ont travaillé, dans chaque commune, main dans la main avec les enseignants, avec vos représentants et avec les élus locaux pour que la modification des temps scolaires se fasse dans les meilleures conditions ».

    Ce n’étaient que des mots. Il fallait mettre les conditions pour que cela se fasse.  Des réunions ont, certes, eu lieu mais pas forcément dans les meilleures conditions indiquées car souvent « à la va vite ». 

    Il ne faut donc pas croire que les projets ou les organisations horaires ont eu le temps d’être réexaminés sérieusement après la nomination de monsieur Hamon

    Le travail « main dans la main » n'est qu’une erreur de langage et bien « naïf » a été le ministre s’il a cru vraiment ce qu’on lui a rapporté.

    L’inepte décret Peillon a donc continué de sévir :

    94,1% de communes ont rendu leur copie  pour le 6 juin dans le cadre du décret Peillon (5 matinées et 9 demi-journées). De plus, des communes qui avaient travaillé le sujet et mis en place des dispositifs d’aménagement ayant fait l’objet de véritables projets concertés bien avant le décret Peillon ont été pénalisées et ont dû tout modifier pour entrer dans le carcan horaire du décret Peillon.

    Seules 5,9% de mairies (1362 communes) ont envisagé une organisation dans les cadre du décret Hamon pour organiser le temps hebdomadaires et 5 matinées et 8 demi-journées ou la possibilité de raccourcir les vacances.

    Ces chiffres sont ceux du ministère de l’éducation nationale et sont d’une vérité implacable : monsieur Hamon, lors de son court séjour au ministère n’a guère permis de modifier grand chose.

    En définitive, force est de constater que les collectivités locales ont essayé en majorité de faire au mieux en bouchant les trous des grilles horaires en fonction de leurs moyens.

    C’est de cela qu’hérite madame Najat VALLAUD-BELKACEM.

    LA REFORME DES RYTHMES « SCOLAIRES » : UNE REFORME « BOUCHE-TROUS » HORAIRE

    Alors qu’il eut fallu mettre le samedi matin travaillé obligatoire pour revenir à une semaine de cinq jours et lancer, ensuite, le mouvement de la construction de véritables projets de rythmes de vie de l’enfant qui auraient dû se faire dans le cadre de réels partenariats (école, parents, associations, collectivités), Vincent PEILLON a choisi de « pondre » un décret pour laisser aux collectivités locales le soin de décider de boucher les trous après 15h30 dans le cadre d’un nouveau carcan celui des matinées de 3h30 maxi et des après-midi raccourcis.

    Car c’est bien d’un carcan qu’il s’agit quand on ne fait pas confiance aux enseignants pour organiser leur travail dans le cadre de journées entières et leur laisser le choix d’utiliser les meilleurs créneaux horaires possibles de la journée et non de la demi- journée pour les apprentissages.

    Le terme « rythmes scolaires » lui-même est réducteur car il contient le fait qu’on ne s’est préoccupé que des plages horaires de présence des enfants à l’école et qu’on a évacué la globalité des rythmes des enfants et des jeunes. 

    Il eut fallu considérer tous les temps de vie de l’enfant y compris ses besoins de repos, de sieste et surtout de sommeil (régularité, durée, qualité...). Sur ce dernier point, aucune information de grande ampleur n’a été faite auprès des parents pour qu’ils y réfléchissent. On s‘est contenté de faire des sondages pour demander qui était pour le samedi ou le mercredi travaillé.

    J’emploie sciemment l’expression « bouche-trous » parce que c’est ce qui s’est passé et se passe pour nombre de collectivités qui n’ont pas les moyens de s’organiser pour aller au delà des 45 minutes « d’animation » ou de garderie quand elles existent.

    A remarquer d’ailleurs qu’elles ne sont pas obligatoires.

    Il ne faut pas jeter la pierre aux communes : avec une subvention temporaire de 50 euros par élève et par an, l’état a abandonné ses responsabilités de trois heures de prise en charge des élèves qui jusque là étaient assumées par l’éducation nationale.

    Le décret Peillon a permis aux seules collectivités locales de décider comment elles allaient « boucher les trous ».

    On a vu ce que ça donne...en matière de confusion, d’inorganisation, de conflits, d’incompréhension, de démobilisation des énergies voire d’écoeurement notamment de la part des enseignants qui la plupart du temps doivent "suivre" sauf s’ils ont été véritablement associés comme cela a existé dans une minorité de communes.

    Pour mémoire je rappelle le compte-rendu d’une enquête publié le 12 février 2014 par le SNUIpp/FSU, syndicat des enseignants du premier degré riche d’enseignements à cet égard:

    (http://www.snuipp.fr/IMG/pdf/2014_02_12_contre_rapport_snuipp_rythmes_tip_top-20140212164055.pdf)

    Il a été réalisé après les retours de questionnaires de 3 568 enseignants qui ont dû appliquer la réforme à la rentrée 2013 et 3906 écoles qui devait l’appliquer en 2014. Un nombre très significatif de retours. Les résultats de cette enquête donne une idée de ce qui s’est réellement passé sur le terrain et de manière nuancée pour nombre d’écoles. Le ministre aurait bien fait de la lire et d’y réfléchir et d’interroger ses services départementaux. C'est beaucoup mieux qu'un sondage sur me mercredi et le samedi!

    Ainsi, j'y ai relevé, entre autres, que

    -       pour 2013, 60 % des enseignants attestent qu’il n’y a eu pas de prise en compte de l'avis du conseil de leur école

    -       pour 2014, 72 % des Conseils d'école ont été consultés. Mais, parmi eux, 31,29 % n'adhèrent pas au projet  remonté par la mairie. Ils sont donc moins d’un sur deux au final à avoir donné leur accord. 

    Et pourtant, les organisations horaires s'appliquent à la rentrée. Comment peut-on croire qu'on peut mettre en place une dynamique de changement avec de tels procédés?

    LA REFORME DES RYTHMES : RETOUR SUR UN PASSE RECENT -2-

     

    ON A ACCENTUE LES DISPARITES ENTRE LES ECOLES

    La disparité des moyens est grande sur le territoire français pour les écoles. Ce n’est pas nouveau. Il n’est qu’à considérer les différences qui existent au niveau des dotations qui sont attribuées pour les fournitures scolaires d’une ville ou d’un village à l’autre pour s’en rendre compte selon que la commune est riche ou pauvre ou que le conseil municipal fait de l’école publique ou non une priorité.

    C’est pour cela qu’à cette rentrée notamment, on assiste à des situations très diverses de prise en charge des enfants.

    Je parle de ces villes et villages qui, bon gré, mal gré, appliquent ce mauvais décret mais n’ont pas les mêmes moyens et opportunités que les autres et qui effectivement ne peuvent mettre en place de réelles activités sans en passer par le porte-monnaie des parents. Il ne faut pas s’étonner qu’il y ait eu des parents qui ont réagi y compris par des actions fortes. Eux, ce n’était pas par soucis électoraliste mais pour dénoncer l’incurie des situations qu’on leur fait.

     Je reviens aussi à la question que je posais en juin 2014 dans mon article http://quaiducitoyen.eklablog.fr/humeurs-educatives-de-juin-2014-a108388994)

    « Pourquoi l‘école privée n’est-elle pas tenue de mettre en œuvre la « réforme »des rythmes ? Pourtant, la plupart de ces écoles sont sous contrat d’association avec l’Etat. »

    (Depuis la loi Debré de 1959, l’Etat doit subvenir aux frais de fonctionnement des établissements privés qui remplissent une mission de service public, et ont signé un contrat avec l’Etat. D’après l’article L. 442-5, “les dépenses de fonctionnement des classes sous contrat sont prises en charge dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l’enseignement public”. De plus, la loi du 23 avril 2005 sur l’avenir de l’école a précisé que la contribution des communes à l’enseignement privé ne pouvait dépasser le coût d’un élève étudiant dans l’enseignement public. La rémunération des enseignants est prise en charge par l’Etat.)

    Le gouvernement de "gauche" accentue la concurrence entre l’école publique et l’école privée qui s’organise comme elle veut et a la partie belle devant le  désarroi de certains parents...

    Je n’ai toujours pas de réponses sur ce point de la part du gouvernement ni d’avis d’ailleurs de l’opposition qui conteste pour contester mais n’apporte aucune solution sur le fond. Et pour cause, elle a été, entre autre, à l’origine de la semaine de 4 jours... une ineptie idéologique majeure.

    LA REFORME DES RYTHMES : RETOUR SUR UN PASSE RECENT -2-

    (Le glaive et la balance, symboles de la Justice.  auteur Advocatheek1 , Domaine public)

    QUELLES SOLUTIONS POUR S’EN SORTIR ?

    Ce sera l’objet des pistes des prochains écrits , pistes que j’avais déjà amorcées lors de la nomination de Benoit Hamon en avril 2014 et qui sont toujours d’actualité...

    Car il ne suffit pas de dénoncer, critiquer et argumenter, il faut proposer pour débattre et construire...

    Quand à être entendu, c'est une autre histoire...

    Mais petit à petit, le clou s'enfonce, modestement mais sûrement... 

    LA REFORME DES RYTHMES : RETOUR SUR UN PASSE RECENT -2-

    (Clous anciens, Larousse universel 1922, Domaine public)

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