• EDUCATION NATIONALE: LA CASSE A MACRON via BLANQUER - Chapitre 4

    En terminant le chapitre 3, je disais qu’il fallait résister aux dogmatismes des ministres pour avancer. Résister ne veut pas dire rejeter. Résister veut dire réfléchir, apprécier, comprendre pour avoir un avis qui permette ensuite d’évoluer. Je parle ici de l'enseignant et de sa liberté d’adapter son apprentissage aux élèves dont il a la charge ceci bien sûr dans la stricte application des programmes nationaux. Ce n'est pas suivre un guide de recettes même s'il a été pondu par un ministre et qu'il fait 130 pages.

    C’est bien l’attitude qu’il faut avoir face à des dogmes qui rejettent le doute ou la critique. Jean-Michel Blanquer a par exemple comme dogme, comme d’ailleurs d’autres politiciens (Marine LE PEN entre autres) que la lecture syllabique est la seule susceptible de permettre d’apprendre à lire aux enfants. Le moins qu’un enseignant puisse faire est bien d’analyser la « recommandation » de manière critique d’autant que les programmes et instructions officielles ne contiennent en rien la mention qu’il faut appliquer telle ou telle méthode pour apprendre à lire aux élèves. Ce n'est qu' exemple bien sûr.

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    UN MINISTRE QUI OUTREPASSE SES FONCTIONS

    Ce n’est pas un hasard si Emmanuel Macron a confié le ministère de l’Éducation nationale à un Jean-Michel BLANQUER qui a l’expérience et la connaissance indiscutable des rouages de ce ministère et du fonctionnement de l’Éducation nationale. Je dis néanmoins que tout dépend de l’expérience et de ce que l’on fait de la connaissance.

    Cela ne veut pas dire que le ministre a la compétence pour diriger un tel ministère au niveau de ce qu’il faudrait faire pour refonder l’École qui en a besoin pour permettre aux enfants et aux jeunes de construire leur avenir en y mettant le maximum de chances de leur côté.

    Pour ce faire il faut une vision politique à long terme qui ne soit pas sectaire et commandée par des dogmes.

    Ce que j’ai vu jusqu’ici de l’action du ministre ne me paraît pas satisfaire aux exigences qu’il faut avoir pour notre École et ses élèves.

    Il ne suffit pas seulement de savoir « lire , écrire et compter » quand on sort du CM2, comme le dit le ministre, même si c’est indispensable, mais aussi d’avoir les bases nécessaires pour être un personne autonome qui sait penser, critiquer et construire son chemin et qui pourra se consolider tout au long de sa scolarité si on en lui donne les vrais moyens et les outils qui ne se résument pas à des mécanismes ou à des rudiments enseignés d’une façon dite comme seule valable comme la méthode syllabique pour la lecture. De la même manière ce n'est pas en faisant une dictée par jour qu'on apprend l'orthographe. Cela peut certes y contribuer mais ce n'est pas, loin de là, suffisant. Ce ne sont que quelques exemples de ces "recommandations" qui brouillent de plus les instructions officielles.

    L'enseignant n'a pas à se conformer à ce que j’appelle une vision dogmatique de l’apprentissage de la lecture, une seule méthode et pas d’autres même si celle-ci est « soutenue » par certains apports des neurosciences.

    C’est aussi renier le travail positif mené sur le terrain qui a permis à grand nombre d’enfants d’apprendre à lire. La méthode syllabique n’est pas à rejeter comme d’autres n’ont pas à l’être.

    En "recommandant" fortement la lecture syllabique, le ministre outrepasse ses fonctions. Un ministre définit les objectifs éducatifs pour la nation. Il n'est pas professeur.

    A chacun son boulot.

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    Le ministre devrait plutôt se pencher sur les conditions matérielles et humaines avec lesquelles dans une classe on peut permettre l’apprentissage de la lecture dans les meilleurs conditions possibles et pas seulement en REP. 

    Et on dépasse là de loin le problème des méthodes qu’un ministre n’a pas à imposer, n’étant qu’un politique et non un professionnel de la pédagogie.

    LES MOYENS POUR PERMETTRE AU PLUS GRAND NOMBRE D'APPRENDRE

    C’est là que le bat blesse.

    Il ne suffit pas d’instituer 12 élèves par classe dans les CP et les CE1 d’une partie des REP pour croire que l’on va résoudre le problème de la lecture pour tous d’autant qu’on retire des moyens aux autres classes en augmentant les effectifs par des transferts de postes, l’augmentation du nombre de maîtres étant insuffisant. Si cela peut être certes positif pour les élèves concernés, quid des autres élèves en difficulté des CP dits ordinaires ou des autres classes dont on a augmenté les effectifs?

    Quid des élèves en grande difficulté qui devraient être pris en charge par les RASED et qui ne le sont pas faute de moyens humains : personnels spécialisés , psychologues scolaires ?
    Là encore il ne suffit pas d’appliquer le dogme des 12 élèves par classe au CP des REP  sans avoir une vision d’ensemble des difficultés des élèves dans l’école qu’elle soit en REP ou pas.

    Quid des effectifs chargés en maternelle quand on doit travailler avec chaque élève la phonologie ?

    Pourquoi annonce t-on la suppression de classes à la rentrée scolaire prochaine dans certaines maternelles, augmentant ainsi les effectifs par exemple en section de grands pour atteindre 30 voire plus et ne plus pouvoir, pour l’enseignant faire le nécessaire pour les élèves en difficulté ? Qu’on ne me dise pas que ce n’est pas la réalité. Des parents sont déjà en action pour dénoncer des situations bien réelles. J’en connais plusieurs dans le Nord.

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    Annoncer l’obligation scolaire pour les enfants de trois ans qui y vont déjà pour 97% d’entre eux ne résout en rien le problème des effectifs mais permet de faire le BUZZ et  permettra, de manière larvée, avec l'abaissement de l'âge à 3 ans, aux écoles maternelles privées d’être financées par les communes qui de ce fait voit leurs charges s'alourdir à moins que l'enveloppe globale ne change pas... En pâtiront alors les écoles publiques. L' accompagnement a été chiffré à 150 millions d'euros, selon le Comité national d’action laïque,à 100 millions selon le gouvernement. C'était écrit:

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    Le fait même de vouloir imposer des expérimentations  lecture et

    Le Syndicat du premier degré Snuipp 62 a dénoncé  "les multiples pressions consistant à tenter de contraindre les équipes enseignantes à s’engager dans des programmes pédagogiques particuliers, comme ceux portés par l’association « Agir pour l’École » ou à s’orienter vers une méthode de lecture préconisée ou des pratiques uniquement centrées sur l’apprentissage des fondamentaux".  On y est donc. Une association privée est imposée aux enseignants dans le Nord et le Pas-de-Calais... La résistance s'organise mais les pressions sont grandes...

    J’y reviendrai comme sur la mise en place des CP à 12 élèves et le bilan qui en a été fait ainsi que le rejet de la formule plus de maîtres que de classes.

     A quand la préoccupation des rythmes des enfants et des jeunes pourtant l’objet de nombreuses études scientifiques mais sur lesquelles le ministre Jean –Michel BLANQUER s’assoit en favorisant la semaine de 4 jours à l’école - dogme électoraliste - pour ne citer que cette aberration? Ce qui prouve le manque de sérieux pour aider les enfants et les jeunes car à contre courant de ce qu’il faudrait faire. Monsieur Blanquer utilise les apports de la science quand cela lui convient pour cautionner ses choix personnels.

    Au lieu de pleurnicher sur les mauvais « résultats » de l’enquête PISA, il ferait bien de s’atteler, comme ministre cette fois,  aux vrais problèmes de la prise en charge des élèves dans le cadre d’une école à qui il faudrait  donner les véritables moyens de fonctionner. Ce ne sont pas les mesures prises ou annoncées dont la plupart ne sont que des cataplasmes pour jambes de bois qui permettront d’avoir de meilleurs résultats.

    Quid de la formation initiale? Quid de la formation continue?

    Le rôle d’un ministre c’est de mettre en place les moyens nécessaires pour que les élèves apprennent dans les meilleures conditions possibles et pas d’imposer ses préférences pédagogiques personnelles aux enseignants.

    POUR CONCLURE LE CHAPITRE...

    Une accumulation de gadgets, d’affirmations sur l’autorité, la discipline, la casse de l’école primaire amené dans le giron des collèges, le soutien au financement de l’école privée, la négation des apports des sciences sur les rythmes des enfants et des jeunes, l’absence de considération voire le mépris pour le travail sur le terrain des enseignants mais aussi des équipes pédagogiques de circonscription, des recommandations autoritaires, des expérimentations autoritaires sous la conduite d'officine privée, une formation initiale et continue au rabais, une réforme des collèges et des lycées non concertées, une modification du baccalauréat qui le dévalorise, une entrée sélective à l’université ne font pas une refondation de l’école mais un système éducatif qui va devenir bancal et qui ne sera pas au service de tous.

    Je pense donc que monsieur Blanquer ne montre pas par ses actes et ses conceptions qu’il est l’homme de la situation sauf pour remodeler une école à la botte des politiques de sa mouvance, celle portée par Emmanuel Macron dont j’ai amplement décrit les dégâts qu’elle est en train de faire sur les plans du social et de l’économique.

    On le verra dans le chapitre suivant à propos de sa loi sur « l’École de la confiance » qui n’est en réalité que celle de la défiance pour casser l’existant sans aucune concertation avec le personnel qu’on ignore mais qu’on veut mettre «  au pas » pour en faire des exécutants.

    C’est la casse de l’école par la République en Marche...arrière.

    J’y reviens pour en démonter le mécanisme dangereux pour l'école publique et l'avenir des enfants et des jeunes.

     

    EDUCATION NATIONALE:  LA CASSE A MACRON via BLANQUER - Chapitre 4

     

    * quelques idées non exhaustives sur les rythmes des enfants et des jeunes :

    http://quaiducitoyen.eklablog.fr/rythmes-scolaires-la-non-reforme-continue-a107547044

    http://www.claireleconte.com/pages/articles/pour-la-refondation-de-l-ecole.html

    http://quaiducitoyen.eklablog.fr/refondation-de-l-ecole-un-rapport-interessant-mais-a57567439

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