• COUAC sur la notation à l’école : le serpent de mer est de retour

    Sur le sujet de la notation à l’école, je me suis déjà exprimé longuement et notamment dans un écrit du 26 juin 2014, suite à l’annonce par Benoit Hamon, deuxième ministre de l’Education nationale, d’une conférence nationale sur l’Evaluation. Encore une fois, trop de temps a passé avant d’entrer dans le concret à savoir la mise en place et le travail effectif de cette conférence. Je rappelle que le sujet avait déjà été abordé en 2012.

     COUAC sur la notation à l’école : le serpent de mer est de retour

     

    LA CONFERENCE NATIONALE SUR L’EVALUATION

    La conférence nationale sur l'évaluation des élèves a donc enfin été lancée lundi 15 septembre 2014 par la troisième ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem. : « un jury de trente personnes va étudier la problématique en Conférence nationale pour noter différemment » avec cinq questions à examiner :

    • Comment l’évaluation peut-elle être au service des apprentissages des élèves et participer à leurs progrès ?
    • Comment rendre compte aux familles des progrès des élèves ?
    • Quelle place et quelle forme de la notation dans l’évaluation des élèves ?
    • Quels doivent être les moments de l’évaluation dans les parcours des élèves ?
    • Comment mobiliser les évaluations dans la détermination des parcours des élèves, leurs choix d’orientation et les procédures d’affectation ?

    Le jury ne sera pas composé uniquement d’acteurs du système éducatif mais de l’ensemble de la société afin d’obtenir des recommandations fondées sur des résultats de recherche, des connaissances scientifiques et les pratiques de terrain

    Le jury désigné le 14 octobre « est composé de 4 enseignants du premier degré, 4 enseignants du second degré, 2 chefs d’établissement, 4 inspecteurs du ministère de l’Éducation nationale, 1 responsable académique des services d’orientation, 9 parents d’élèves, 2 étudiants, 1 lycéen et 3 représentants du monde associatif et des partenaires de l’école.

    Avec son président, le jury comprend 16 femmes et 15 hommes, âgés de 17 à 60 ans, venant de toute la France.

    Le jury remettra ses recommandations sur l’évaluation des élèves à la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à l’issue des Journées de l’évaluation qui se tiendront à Paris les 11, 12 et 13 décembre 2014. » (source MEN)

    Les choses sont donc, en principe, entre de bonnes mains pour aboutir.

    Tout au moins, je le croyais jusqu’à ce que je découvre que le Conseil supérieur des programmes remet un rapport à la ministre de l’éducation nationale.

    « Est-ce bien son rôle ? » est la première question que je me pose. Cette instance ne devrait-elle plutôt pas mettre le pied sur l’accélérateur pour sortir enfin la refonte des programmes attendus et qui est un des éléments majeurs pour qu’une véritable refondation de l’école ait lieu ?

    Que vient donc faire ce rapport inattendu d’une instance qui parasite ainsi le travail du jury sur l’évaluation et celui de la conférence nationale?

    Une pagaille de plus qui ne sert à rien, n’apporte rien au débat et créée un court circuitage du travail du jury sur l’évaluation par un conseil supérieur des programmes qui jusqu’à présent n’a pas fait montre de la même diligence qu’on attendait de lui dans la refonte des programmes. ( voir mon avis sur http://quaiducitoyen.eklablog.fr/refondation-de-l-ecole-quel-avenir-2-a91985793)

    UN COUAC GENERATEUR DE PERTE DE TEMPS ET DE DISCOURS STERILES

    Ce thème de la suppression « des notes ou pas » revient ainsi à cette occasion, une fois de plus, pour alimenter une polémique inutile dont ont l’air d’être friands nos politiciens et notamment ceux qui défendent une vision obsolète de l'école, nostalgiques de pratiques passées qui ne sont plus adaptées.  Un serpent de mer est de retour comme si affirmer de manière simpliste qu'on doit mettre ou non  des notes résolvait le problème de l’évaluation.

     COUAC sur la notation à l’école : le serpent de mer est de retour

    Comme si en rester à mettre des niveaux ou des couleurs à la place des notes allait changer quoi que ce soit à l’évaluation et surtout permettre d’améliorer l’apprentissage des élèves !

    Il n’est qu’à apprécier de quelle manière se sont servis de l’annonce de ce rapport « surprise » (?) les représentants UMP de l’opposition à l’assemblée nationale. Il tombe comme « un cheveu sur la soupe » et fait amener une question à l’ordre du jour de la chambre lors de la séance du 2 décembre 2014.

    On retrouve cette question de manière intégrale dans le compte-rendu de la dite séance sur le site de l’assemblée nationale : http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2014-2015/20150082.asp

    Le rapporteur de la question aborde l’évaluation sous l’angle de la polémique et parle « d’entreprise de destruction » sans argumenter et aborder le fond du sujet en y mêlant la journée de la jupe, la théorie du genre, les rythmes scolaires, les bourses au mérite, le port du voile et autres sujets qui n’on rien à voir avec le thème mais qui sont étalés de manière politicienne pour dire que la majorité continue de casser les fondements de  l'école de la république!

    Ce député a l’opinion qu’il veut sur tous ces sujets, ça le regarde et manifestement dans ses propos on pense pouvoir discerner qu’il est , lui ou son groupe, pour le maintien des notes ce qui est un point de vue mais il n’explicite pas pourquoi.

     COUAC sur la notation à l’école : le serpent de mer est de retour

    Une autre remarque que je puis faire est sur l’accusation porté envers la majorité de « saper les fondements essentiels de l’école de la République»...et détruire ce qui fait la force de notre système scolaire ». Même si la majorité actuelle a fait des erreurs importantes dans "la non mise en place des rythme scolaires", elle essaie de remettre des postes détruits par la précédente majorité et met à l'ordre du jour quelques réflexions dont il faut se saisir. L'accusation me fait donc ricaner venant de la part d’un représentant de l’UMP qui a, elle, effectivement contribué à saper les moyens de l’école durant cinq années en soutenant la politique de régression éducative du pouvoir « Sarkosyste » et en détruisant la formation des maîtres, 80 000 postes d’enseignants. Cette politique s’est attaquée aux moyens des RASED pour les élèves en grandes difficultés en réduisant les effectifs des personnels spécialisés laissant des milliers d'enfants sur le bord de la route avec leurs problèmes. J'y ajoute la mise en place de la nocive semaine de 4 jours dont on a encore les effets actuellement et qui malheureusement n' a pas été corrigée comme elle l'aurait dû par l'actuelle majorité par manque de courage politique.  J'en passe... Alors les donneurs de leçons... 

    Passons. (voir à ce sujet  http://quaiducitoyen.eklablog.fr/la-revalorisation-des-enseignants-selon-nicolas-sarkozy-1-a112938438

     COUAC sur la notation à l’école : le serpent de mer est de retour

    Un faux débat inutile donc, une perte de temps...

    Tout cela n’est pas sérieux alors que les résultats des travaux ne sont pas encore rendus.

    POUR EN REVENIR AU SERIEUX DU SUJET DE L’EVALUATION:

    Sans prétendre détenir la vérité, J’ai déjà eu l’occasion donc de m’exprimer sur ce thème très important . (intégralité de mes propos ici en juin 2014 : http://quaiducitoyen.eklablog.fr/la-conference-sur-l-evaluation-de-benoit-hamon-a108356926 ou en octobre 2012 http://quaiducitoyen.eklablog.fr/noter-ou-ne-pas-noter-a57308721)

    Et j’espère que le jury de la Conférence nationale sera à même de faire des propositions sérieuses et concrètes pour que l’on avance enfin d’autant que les questions sont assez bien posées mais cela fait depuis octobre 2012 que l’on aurait dû s’en saisir.

    J’estime que le véritable débat n’est pas celui de savoir si on supprime ou non les notes ou si on la remplace par une lettre, un soleil, une couleur ou un nuage... C’est ridicule.  

     COUAC sur la notation à l’école : le serpent de mer est de retour

    Je reprends ci-après quelques uns des propos que j’ai eu depuis deux ans :

    « Il serait utile de  faire intervenir les études en docimologie pour s'éclaircir les idées.  La note fait partie du débat mais pas sous cette forme simpliste qu’on popularise dans les médias ou de la manière dont on vient de la voir abordée dans l’hémicycle de la chambre des députés.

    Elle fait partie d’un tout qui est l’évaluation qui a bien besoin d’être examinée  n’en déplaise à ceux qui estiment que tout va bien et qu’il faut continuer ainsi sans remettre en cause les quelques aberrations passées et actuelles du système en place.

    La docimologie est une science qui étudie la qualité et la validité des différents systèmes de notation scolaire et de contrôle des connaissances. Il serait opportun de  s’en servir pour enrichir le débat sur l’évaluation qui mérite d’être mené. Il faut faire le point, analyser et mettre en place effectivement les directions et moyens nécessaires pour que l’évaluation soit utile et positive pour l’avenir des élèves, ceci sans tabous. »...

    « Mais oui, il faut réformer l'évaluation, n'en déplaise à certains nostalgiques du passé  qui en sont encore à glorifier les bulletins remplis de notes généralistes et les classements  et qui affirment qu'au moins cela avait le mérite de la clarté pour les parents ou les élèves "les bons comme les mauvais".  

    Ce n'est pas la note ou la lettre qui est le fond du sujet mais l'esprit de l'évaluation qui est à reconsidérer. »

    PARLER DE NOTATION N’A AUCUN SENS SI ON RESTE DANS LE SEUL ESPRIT DE LA COMPETITION

     COUAC sur la notation à l’école : le serpent de mer est de retour

    (auteur: Myrabella/ Wikimedia Commons   licence Creative Commons paternité – partage à l’identique 3.0 (non transposée))

    Il faut se poser quelques questions et par exemple :

    Les enfants et les jeunes qui ont « des mauvaises notes » que ressentent-ils ?  

     « REPENSER L’EVALUATION" DOIT PRENDRE TOUTE SA PLACE  EN COHERENCE AVEC LE RESTE :

    Les parents et les élèves demandent-ils  des notes, des classements ?

    La réponse est oui  et c’est justement là que le bât blesse : on a inculqué un modèle sélectif pour répondre aux besoins des parents d’être rassurés sur le niveau, l’état scolaire de leur enfant ou adolescent. On ne peut les blâmer.  Ils ont eux aussi été formatés. Où en est, chez nos concitoyens, l'esprit critique et le désir et l'effort  de vraiment s'informer ? 

    Mais pas assez souvent on  indique aux parents une autre manière de considérer les choses : une évaluation qui serait constructive, positive qui permettrait de progresser  plutôt que de faire un état sans suite  du bon ou mauvais niveau de l’élève. Quand suite il y a, c’est la bonne ou mauvaise appréciation sur le carnet de notes, la colère ou la satisfaction des parents. Et ensuite ? Les moyens de permettre à l'élève de progresser, de rectifier sont-ils vraiment au rendez-vous?  Pas toujours pour de nombreuses raisons dues aux manques de notre système éducatif (moyens, temps, formation du personnel...). 

    Le problème immédiat n’est donc pas qu’il y ait notation ou pas. » 

     COUAC sur la notation à l’école : le serpent de mer est de retour

    ( Dans la salle de classe, Paul Louis Martin des Amoignes (1858-1925) - Bonhams, Domaine Public)

    Il faut donc changer l'état d'esprit même de l'évaluation et la concevoir  comme un moyen de progression plutôt que de compétition. Occupons-nous des erreurs de nos enfants et de nos jeunes pour en faire le tremplin du tâtonnement, de l’essai, de la construction du savoir intelligent, de la réflexion qui permet une confiance en soi, de construire une estime de soi équilibrée et d’arriver à une rectification intelligente de l’erreur et donc à la connaissance.  Oui à une évaluation qui diagnostique l’état de la connaissance de l’élève à partir du moment où cela sera intégré dans un processus d’apprentissage car suivie d’évaluations formatives qui aideront à progresser en s’appuyant sur les erreurs ou les réussites.

    Cela n’exclut pas à un moment ou un autre une évaluation sommative vérifiant que les acquisitions visées par l’apprentissage ont été faites, atteintes, assimilés et réinvesties.  

    Ce n’est donc pas la notation qui est importante mais bien  la pédagogie à mettre en oeuvre.

    LA PEDAGOGIE: CLE DE LA REFONDATION DE L'ECOLE...

     On y revient donc ...

     POUR CONCLURE :

    Je redis ce que j’ai déjà affirmé en juin 2014 :

    « Il faut espérer que cette conférence ne sera pas une fois de plus l’occasion de ménager la chèvre et le chou et que l’on prendra le problème dans l’intérêt des élèves et pas dans celui des adultes qu’on consultera par sondage pour arriver à une réforme de l’évaluation qui sera « ni moule ni poisson » pour ménager les uns ou les autres.

    Oui, l’intention est bonne et j’attends donc des résultats concrets  à la hauteur de l’enjeu et donc un certain courage politique que n’ont pas eu messieurs Peillon et Hamon avec la réforme des rythmes dits « scolaires »

    J’attends donc les recommandations de ce « jury » et de la conférence et surtout ce qu’en fera madame Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale , pour une mise en œuvre concrète et efficace et de manière pédagogiquement adaptée auprès des maîtres et professeurs et au service des élèves pour les faire progresser.

     

    Patrick Patte

     COUAC sur la notation à l’école : le serpent de mer est de retour

    « LA VIOLENCE AU QUOTIDIEN - 1 -LA RECONNAISSANCE DE L’ETAT PALESTINIEN »

    Tags Tags : , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter